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  • : thierry lecoquierre, médecin généraliste
  • thierry lecoquierre, médecin généraliste
  • : Réflexions autour de ma pratique de médecin généraliste. Petite épistémologie illustrée. Ontologie souriante.
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http://grrrart-editions.fr/

 

 

Internez-les !

le Top 111

Requêtes d’internautes tapées sous Google pour arriver chez Dr Coq : 

les gagnants.

 

  1. les adolescents fassent à la sexualité (ça pour le faire, ils le fassent ! )
  2. medicaments pour retrouver la virginité (y’a le virgoretrouvum  9CH qui marche très bien)
  3. méga  GT en médecine (on n’a pas ça en France encore, mais ça doit se faire aux Etats-Unis)
  4. baise  avec des bette (qui tapinent en bourg ?)
  5. soulager mon fils en se masturbant ( ??!)
  6. médecin pour les nuls (ça doit se trouver ! dans les pages jaunes, cherche à nulologue !)
  7. petite fill qui se touche le cor (re v’là le pervers des durillons ?)
  8. relationnelle avec son medecin (c’est pas interdit par la religion, ça…)
  9. diminution des gamma gt que faire (faut pas mollir sur le 51, Bébert… !)
  10. a poils dans le cabinet du docteur (femme à barbe pour une séance d’épilation au laser ?)
  11. un médecin généraliste peut il déterminer  une mycose vaginale (déterminer pour diagnostiquer ou pour contaminer ?)
  12. videos gratuite de ma grand mère me tripote le zizi (elle t’aurait pas tripoté aussi un peu le ciboulot ?)
  13. mon medecin fait un contre transfert (oh, le vilain !)
  14. gamma gt élevé suite a visite médicale (l’infirmière a du mettre trop d’alcool sur le coton de la vaccination, la conne ! )
  15. Medicament t 15 en comprimer rose et blanc
  16. Ma femme a une pathologie ( !??)
  17. Sex petites filles (12 à 15 ans) (envoyez moi une enveloppe timbrée avec votre adresse, je vous enverrai des photos !)
  18. Le médecin peut-il refuser de donner du viagra
  19. Le type de virginité qui nécessite une opération
  20. Comment doit être une salle d’attente d’un dermato
  21. Ttoujours pas prête pour passer à l’acte (la salope !)
  22. Petite culotte blanche sentir inceste
  23. un médecin généraliste peut t il reconnaitre un hymen (devine !)
  24. j\'aurais toujours des gammas gt (écrit au conditionnel, c’est chouette : on dirait que tu serais l’infirmière et que j’aurais mal au foie !)
  25. mon medecin docteur (tu l’as retrouvé, ton docteur, avec une telle demande ?)
  26. comment faire passer immédiatement les gamma gt (en se prenant un platane en voiture)
  27. gamma gt et masturbation (chut, c’est comme ça qu’on repère les onanistes, mais faut pas le dire)
  28. comment faire une denonciation interessee pour les stupefiants (ça paye mieux si c’est un étranger, il suffit d’envoyer sa note de frais aux services de Brice Hortefeux)
  29. ou peut-on voir des jeunes filles nues sur le web (ça c’est compliqué !)
  30. comment a apprendre le métier médecin généraliste à des enfants de 11 et 12 ans (y’a des cahiers de devoirs de vacances spécialisés)
  31. gamma gt après une semaine de vacance (une semaine de vacance : ça baisse ; une semaine de vacances : ça monte !!)
  32. Est-ce qu’une vieille de plus de 65 ans peut se montrer nue ?
  33. Rituel au passage d’un col (moi je fais un petit frottis, ça me détend…)
  34. l injection du vaccin gardasil fait elle male?
  35. Assister à sa vie de vie
  36. Les docteurs touche la chate des fille quand il sont malade
  37. cabinet ma patiente ses seins (de l’art de la concision du fantasme)
  38. vision d un hymen (ça s’passe à Lourdes, tapes Scoubidoubidou sur ton moteur de recherche)
  39. medecin pour les yeux (Dr House ou ophtalmo ?)
  40. la problem d'un medecin generaliste pendant le manque de la secretaire medical dans leur cabinet (si t’es secrétaire, toi, je t’embauche pas, même si t’as une petite jupe courte…)
  41. un médecin généraliste peut-il diagnostiquer une grossesse ? (les meilleurs le peuvent)
  42. j'ai baisé toutes les nonnes du couvent (cocotte, rassure-moi, y’a une contre-piètrerie ?)
  43. peut-on poser nu sur un site web ? (ça se saurait !)
  44. liste des medecin qui exite
  45. medecine chinoise pour gamma gt élevés (ou comment les saké ?)
  46. tête de coq sur vagin
  47. femme en seinte  en petite culote (t’as la verge marrie ?)
  48. peut-on masturber son bebe (pour mes amis pédopsy : où qu’on va … !)
  49. video blog oscultation camera cachée (pour d »s photos aucultes ?)
  50. que risque un médecin généraliste qui a  fait des avances avec une de ses patiente (une paire de claque ?)
  51. maman me touche le zizi
  52. jaim baise avec mon fils (ah c’est toi ? y’a ton fils qui te cherche au dessus pour te partouser)
  53. mourir en se masturbant  (la petite mort ?)
  54. il touche mes seins a la visite medicale (vilaine, c’est toi qu’a commencé la première…)
  55. liste d attente des medecins generaliste de 12 juillet ( ??!!!..)
  56. vidéo de medecin avec gant en plastique (moi je tourne au latex, mais c’est sympa aussi…)
  57. vieilles bigotes hospitaliere (ça existe ?)
  58. les fill de zizi (arrête de me parler comme ça, je bande…)
  59. se remettre en maladie juste avant la visite medicale de reprise (toi, je devine ta profession !)
  60. VIDEO defloration d\'un hymen AMATEUR ( ??)
  61. type de virginité avec dessin (Jak, tu pourrais nous faire un dessin comparatif « virginité amateur » versus « virginité professionnelle » ?)
  62. est-il vraiment mon ami (belle question métaphysique, jetée dans le cosmos du Web..)
  63. eloge de ma bite (Bigard, vous avez dit Bigard ? )
  64. Consultation du docteur généraliste le moins cher du 93 (on en est là !)
  65. médecin patient toucher bras (le fripon !)
  66. pedophile qui touche une fillette nu et le sexe (t’es journaliste au Monde et tu vas écrire un article sur ce beau sujet ?)
  67. est-ce forcement une extra-systole? (trop tard, j’ai pas vu…)
  68. camera cacher chez les medecin perver (cherche viande de femme casher ?)
  69. femme sans culot (pour une pipe ?)
  70. mots médicaux rigolos
  71. etre schyzofrene (en voilà un !)
  72. science politique et idiologie (celle là, je n’aurais pas osé !)
  73. immanence bite (la bite immanente se porte circoncise)
  74. meilleur pause pour enlever la virginité de la femme (la pausture café ?)
  75. mon medecin traitant peut il soigner mon ami etranger?? (bouge pas, j’y demande…)
  76. mes over ne fonctionne plus medical (tes over-bloquent : solution chez overblog ? ou sont-ce tes ovaires ?)
  77. poste de television adulte (le Philips est une marque assez mature)
  78. femme phallique védio armateur (une femme armateur avec un gros mat ?)
  79. medecin généraliste peut savoir le nombre d emois de grossesse (émouvant !)
  80. voila je connai mon ami depui 3 ans et un de cet enfan a toucher ma petite
  81. dessin zizi musclé (Jak, on sort premiers sur Google avec ça !!)
  82. remede de grand mere pour un compere a l œil (soigner ton ami Loriot sans rien débourser ?)
  83. remède de grand-mère pour une luxation de l’épaule (elle se tricotait un Dujarrier)
  84. combien rapporte par mois un medecin traitant (cherche généraliste pour mariage d’amour ?)
  85. Erreurs médicales plus jamais (moi je suis d’accord, faut faire un texte de loi)
  86. on peu coucher avec le vaccin gardasil? (oui, mais dans le frigo, sinon y perd son efficacité)
  87. la virginité et la vie des medecins (oui ?? !!?)
  88. médecin de cul (on dit proctologue)
  89. j cherche une fille medecin general pour se marier (OK, je fais passer l’annonce, y’en a plein ici : les fills jé une anonse pour le mariaje, envoiyé moi un foto nu)
  90. profession les plus infidèles (si t’as des dons, tu peux commencer par la politique)
  91. que veut dire un enfant simique (que tu as oublié ton sonotone)
  92. liste cabinet de médecin ouvert le 17/01 (ça y est, t’as trouvé ?)
  93. quel docteur voir pour petit zizi (surtout pas un presbyte !)
  94. quel remède a grand mère pour les pannes du zizi?
  95. bilan orthophonique le moins cher (pour les bègues, c’est plus long, c’est plus cher)
  96. Peut-on envisager medecine avec 10 de moyenne (passe ton bac d’abord)
  97. video de sexe insoutenable (j’ai vu « putréphilie à la morgue », c’est pas mal…)
  98. CONTACT fort avec son medecin généraliste (Ah ! le bondage du tensiomètre !)
  99. un athée peut-il faire la science (c’est bien, tu progresses...)
  100. allergies des mains : quel remède définitif ? (va piquer une pomme chez un épicier saoudien)
  101. a-t- on le droit de coucher avec un mec quand on fait le vaccin gardasil (demande la permission au Pape..)
  102. QUI A MAIGRI GRASSE AU DOCTEUR ZERMATI (gracieux !)
  103. est t il bon pour les sportif le cannabis (en tout cas, pour les belles phrases, ça fonctionne bien)
  104. trouver la signification d'un dessin d'un médecin (va chez Jak, psychanalyste)
  105. le medecin de traitant ordre que je suis change poste raison de sante (effectivement, si t’es instit, y’a souci )
  106. DESSIN PAR RAPPORT AU SLOOGAN SUIVANT SI TU FUME LA MORT T' ATTENT AU TOURNANT ALORS N'Y TOUCHE PAS EST TOUT IRA BIEN POUR TOI. (signé : le hooligan de la santé pure )
  107. medecin fume overblog (me vlà démasqué, tous les matins, j’me fais un shoot !)
  108. position medical pour dormir avec ta femme
  109. remede de grand mere pour avoir des rapport avec son mari
  110. émission qu'un gars devient une fille quand on le touche a l'épaule (le jour du seigneur ?)
  111. dechet humain chez nous (t’as voulu couper les ongles de ta belle mère, et t’as eu le ciseau un peu preste ?)

 

Ma palette :

 

Dick Annegarn

Jean Anouilh

Hannah Arendt

Yann Arthus Bertrand
Paul-Laurent Assoun

Neil Armstrong

Richard Bach

Daniel Balavoine

Michael Balint

Christian Barnard
Simone de Beauvoir

Jean-Paul Belmondo

Etienne de la Boétie

Alphonse Boudard

Patrick Boulnois

Pierre Bourdieu

Georges Brassens

Yoland Bresson

Annabel Buffet
Albert Camus

François Cavanna

Clémentine Célarié

Louis-Ferdinand Céline

Miguel de Cervantes

Albert Cohen

Coluche

Hugues de Courson

Béatrice Dalle

Frédéric Dard

Pippo Delbono
Eric Dupond-Moretti
Epicure

Caroline Fourest

Sigmund Freud

Serge Gainsbourg
Jacques Gaillot

Jean-Jacques Goldman

Dexter Gordon
Icare

Philippe Jeammet

Henri Laborit

Gustave Le Bon

Jack-Alain Léger

Claude Lellouch

David Lodge

André Lorulot

Vladimir Nabokov

Robby Naish

Taslima Nasreen

Friedrich Nietzsche

Anaïs Nin

Claude Nougaro

Ruwen Ogien

Michel Onfray

Pandore

Giovanni Battista Pergolesi

Michel Petrucciani 

Jean-Marie Piemme

Pink Floyd

Raymond Queneau

H.A. Rey

Bettina Rheims
Frère Roger 

Marcel Rufo

Shéhérazade

Paul Smaïl
John Steinbeck
Frédéric Taddéi
Philippe Val

Raoul Vaneigem

Antonio Vivaldi

Leonardo da Vinci

Marguerite Yourcenar

 

(vitrine en cours)

 

28 avril 2009 2 28 /04 /avril /2009 11:35


Docteur Coq et Mister Jak, c'est terminé, mais vous pouvez consulter les articles laissés en ligne.



 

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25 avril 2009 6 25 /04 /avril /2009 16:49

 

« Je vais vous dire trois métamorphoses de l'esprit : comment l'esprit devient chameau, comment le chameau devient lion, et comment enfin le lion devient enfant. » Vous reconnaissez les premières pages du Zarathoustra de Nietzsche.

 

Je vais vous dire les trois métamorphoses du Coq : comment le Coq fut chameau, comment de chameau il devient lion, et comment de lion, ici et maintenant, sous vos yeux ébahis, il devient enfant. Les choses pourraient vous paraître prétentieuses, pourtant trois événements majeurs de ma vie me font signes forts d’un renouveau. Une nouvelle page se tourne, et quelle page agitée ! En me lisant,  vous m’avez aidé et je vous en remercie. 

 

 

Je n’ai sans doute pas insisté suffisamment sur toutes les portes que m’a ouvertes Michel Onfray, en particulier pour la réalisation de ce travail d’écriture autour de la médecine générale. Je m’y suis beaucoup cherché, et quelques lignes de ma biographie peuvent éclairer cette histoire de plus de deux ans avec vous qui s’achève.

 

J’ai toujours été subjugué par sa proposition de pouvoir fabriquer nos vies comme des œuvres d’art, de nous sculpter liberté à partir d’un bloc de marbre initial. Chacun doit être son propre artiste pour se créer unique. Mais le marbre me paraissait trop beau, trop grand, trop rigide, trop frigide, trop froid, trop définitif, trop tombal pour ma vie à moi : et lui de me répondre que depuis Marcel Duchamp, les références de l’art, du beau avec un grand B ont explosé, et qu’on est autorisé désormais à bâtir son œuvre avec le matériau ou sur le support que l’on désire. Arghh ! J’adore !! Moi aussi, donc ? Cette simple compréhension de l’esthétique moderne est considérable pour moi. Je, vous, chacun, toi, eux, pouvons nous créer liberté, nous fabriquer à partir de ce que nous sommes. Devenir ce que nous sommes, nous dirait Pindare. Je ne suis pas extrait d’une carrière de marbre, devant poser pour l’éternité, je n’ai aucun désir de devenir un petit Apollon imparfait, une mauvaise copie, mais je peux me façonner unique à partir de mon terreau, de ma glaire, de ma glaise, je peux accepter mes plumes abîmées, ma crête terne, mes petits ergots, vivre avec et mieux les aimer tant qu’ils ne sont pas modifiables.

 

Et j’observe, dans ma patientèle de quartier populaire, comme de toutes petites gens ont su créer d’elles-mêmes de véritables œuvres d’art. Je suis sidéré par chaque histoire, dès qu’elle est sincère. Je vous promets comme je sais des vies magnifiques façonnées avec trois bouts de ficelle et deux morceaux de carton : cette simple constatation m’ouvre des espaces considérables. L’œuvre de soi n’est pas réservée à l’autre.

 

J’ai bénéficié à l’écoute de M.O. et à ses conseils de lectures des bombes qui ont enthousiasmé mon travail de généraliste. D’abord, j’ai osé penser ! Avec ma culture souffreteuse, ma mémoire à trous, sans idées préconçues, livresques ou apprises par cœur, j’ai buté sur des problèmes et j’ai cherché des solutions, des réponses d’homme tant aux interrogations des patients qu’aux miennes.

 

Actuellement, il me parle du Zarathoustra de Nietzsche, et l’approche symbolique du 28 avril s’impose comme évidence pour clôturer ce travail d’écriture. Je ne suis pas plus malin que les autres et je ne promets rien de plus que la sincérité qu’est celle que je ressens actuellement : peut être ne pourrai-je faire sans vous et que je reviendrai taper à votre porte la queue entre les pattes ! Mais je vous promets que ce n’est pas une coquetterie, une fausse sortie à la mode du showbiz : c’est bien pour moi d’une étape majeure qu’il s’agit.

 

Sorte de parabole débutant le Zarathoustra, le chameau qui laisse la place au lion qui s’effacera devant l’enfant expose de façon étonnante mon parcours.

 

Voyons un peu.

 

Pendant plus de trois décennies, j’ai vécu en chameau exemplaire, heureux de porter les charges les plus lourdes, aimant m’agenouiller pour mieux subir, allant on ne peut plus amblement dans la vie, blatérant sans rien déblatérer, aimant à me nourrir d’épines et fermant les paupières sous les tempêtes de sable, affrontant sans broncher les morsures des éléments.

 

J’ai subi de plein fouet  (dans un premier temps, avant d’en voir le bénéfice !) un hapax existentiel, un tremblement de Père de force 12 sur l’échelle de Richter, à 33 ans, âge symbolique s’il en est ! À l’inverse d’un Saint Paul sur le chemin de DaMas, j’ai vécu une dé conversion brutale, dans l’immédiateté de l’explosion d’une bulle qui gonflait irrémédiablement, ou comme l’excision d’un abcès monstrueux. Mort de Dieu, mort du Père symbolique. Fin de la religion, découverte de Freud et de la philosophie, en route pour un avenir sans illusions.

 

Vinrent ensuite ces années à tenter de me créer liberté, de remplacer le « tu dois » de la moraline par le « je veux ». Fermeture du Livre Unique ruminé pendant trois décennies pour me plonger avec délectation dans des dizaines d’essais tous plus excitants les uns que les autres. Période agitée, difficile je l’avoue, me permettant de créer des nouvelles valeurs, des nouvelles références. Pour me débattre avec mes démons intérieurs, j’ai cherché des réponses dans les livres et j’ai beaucoup écrit. Des lettres d’amour au kilo, une correspondance d’une richesse indicible, du roman autobiographique à usage local ou du pamphlet atomique resté dans mes tiroirs, et cette belle aventure du Dr Coq avec vous, beaucoup plus sereine, sous mon identité propre comme pour m’approprier vraiment mes transformations et les partager avec ceux qui ne comprennent pas nécessairement mon parcours.

 

Parenthèse. Quelques lignes de l’élégance du hérisson de Muriel Barbery que je lis actuellement, sur les conseils d’une patiente, dans lequel je comprends ma façon atypique de penser et d’écrire : « J’ai lu tant de livres… Pourtant, comme tous les autodidactes, je ne suis jamais sûr(e) de ce que j’en ai compris. Il me semble un jour embrasser d’un seul regard la totalité du savoir […] puis, brutalement, le sens se dérobe, l’essentiel me fuit et j’ai beau relire les même lignes, elles m’échappent chaque fois un peu plus tandis que je me fais l’effet d’un vieux fou (d’une vieille folle)  qui croit son estomac plein d’avoir lu attentivement le menu. Il parait que la conjonction de cette aptitude et de cette cécité est la marque réservée de l’autodidactie. Privant le sujet des guides sûrs auxquels toute bonne formation pourvoit, elle lui fait néanmoins l’offrande d’une liberté et d’une synthèse dans la pensée là où les discours officiels posent des cloisons et interdisent l’aventure. »

 

Et voilà que s’impose à moi, j’en ai la plus profonde conviction, une autre phase de ma vie. Les témoins sont là, et quels éléments déterminants sur mon parcours, des événements intimes considérables dont je ne peux bien sûr parler ici, diverses ruptures avec moi-même ! J’accepte enfin cet Amor Fati (aime ce qui adviens), prenant le réel tel qu’il est. Enfant je deviens, moins soucieux du devenir, innocent et sachant goûter la fraîcheur de ce qui m’arrive.

 

Echappant enfin aux valeurs, aux fadeurs, aux pâleurs du bien et du mal tombés du Ciel. Abandonnant jusqu’à la transvaluation de l’idée de péché en jouissance peccamineuse !

 

Je m’explique. En phase chameau, on me disait : tu ne boiras pas de ce breuvage, et je n’en buvais pas au prix d’une culpabilité intense ou d’une désobéissance ressentie comme infernale. En phase lion, je découvrais la possibilité de boire le breuvage, en abandonnant mes culpabilités, mais au  prix parfois excessif de la toxicité du produit. J’avais retourné la pièce de monnaie ou le gant, mais la pièce ou le gant restaient les mêmes. Et cette phase enfant qui m’arrive, pleine des promesses que vous imaginez, me permet de goûter enfin au breuvage en toute liberté. La liberté, bien sûr, est tout le contraire du tout permis, du n’importe quoi, du nihilisme ou du consumérisme…

 

Abandonnant en chemin une grande partie du moteur névrotique qui m’a ému, qui m’a mu et qui m’amuse, tout décontenancé de cette nouvelle phase qui m’aborde, continuer à écrire d’une alterne façon  risquerait de déstabiliser mes hystériques de garde, certaines lectrices chouchoutissimes dont j’ai tant apprécié la fraîcheur débridée !

 

Ainsi, alors, se termine cette belle aventure. Je pose la plume…

 

Salut mes poules !



 

 

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18 avril 2009 6 18 /04 /avril /2009 10:44

 

 

Vouloir s’engager durablement dans le métier de médecin nécessite de travailler rapidement à l’homéostasie de sa balance libidinale professionnelle : comment ne pas se laisser gagner par l’usure et sa redoutable contagiosité, quand les mêmes patients nous rapportent inlassablement les mêmes pathologies ?  Je nous propose de faire régulièrement cette pause, celle de tenter de répondre honnêtement à la seule question qui vaille d’être répétée : j’en suis où, moi, avec le plaisir ? C’est qu’on se voile trop facilement la face.  Combien de fois ai-je entendu ces mots : Moi, le déplaisir, j’arrête dès que je veux …  Et je te continue à me croupir dans le n’importe quoi, en enfilant les mornes journées les yeux rivés sur mon compte en banque.

 

L’excitation des débuts risque rapidement de s’enliser  dans la routine, à qui  tente de singer sans succès une médecine hospitalière de mauvaise qualité, à qui désespère de ne pas diagnostiquer de boutons à 5 pattes tous les jours. Chercher sa source d’excitation  dans le diagnostic rare ou dans l’acte technique pointu est possible en Généralie, mais demande plus d’énergie qu’en médecine interne ou en chirurgie pure, par simple raison de recrutement. Il me serait prétentieux de vouloir lister tous les plaisirs potentiels de notre job (c’est d’ailleurs l’interro surprise du jour- je ramasse la copie dans dix minutes), aucun d’ailleurs n’est à sous-estimer ;

 

J’entends ici parler seulement de sa partie intellectuelle, qui n’est pas la moindre des choses pour des bacs + 8, élevés au jus de science. Début de carrière, fin de carrière, même combat : le plaisir intellectuel doit se déguster vertigineux.

 

Le généraliste a des cartes multiples à jouer pour conserver un exercice pimenté, mais praticien du chronique, il a certaines obligations de jouir dans ce créneau pour simplement survivre. S‘il ne comprend pas ce qui se trame chez son patient qui revient, s’il ne s’amuse pas de ses propres passions, s’il n’a pas la clef du renouvellement d’ordonnances, s’il n’aperçoit pas la mère dans l’enfant qui consulte, s’il ne peut surpasser ses erreurs, s’il prend au pied de la lettre tous les symptômes proposés, c’est un médecin qui se destine à l’ennui, aux pelloches et à l’halinose. Une des sources majeures de plaisir intellectuel pour le généraliste est bien de comprendre ce qui se joue dans son cabinet. Corollaire : c’est bien souvent dans la panique d’une incompréhension complète que le généraliste isolé, enchaînant sans comprendre des actes qu’il juge répétitifs, échoue chez M. Balint, la queue entre les pattes. Dommage qu’il faille souvent attendre cet inconfort pour goûter à ce plat sucré !

 

Soyons honnêtes. D’être encarté à la SMB n’est pas la seule clef pour comprendre les diverses interactions pendant la consultation médicale. Certains sont doués naturellement, d’autres lisent ou bénéficient à titre privé d’une analyse personnelle. Mais pour le commun des médecins mortels, acquérir par le groupe les préceptes du sieur Balint est une élégante façon de revisiter son exercice professionnel en 3D.

 

Cette étape est souvent le début d’une grande satisfaction professionnelle : comme apprentissage initial, elle peut être la porte d’entrée d’un immense terrain de jeux. Le technicien, si parfait qu’il était, devient à cette occasion un artisan. Terminée la gestion de la consultation en simple spécialiste, le néo-balintien est promu amateur, avec un grand Am. La différence est de taille, celle qui permet de remplacer l’application de règles par un investissement de type corps à corps, en s’intégrant soi-même dans le processus de soin.

 

L’usage dérivé des formations hospitalières est de  pratiquer la médecine en déroulant des conduites à tenir éprouvées, aidés de constantes, d’appareillages, permettant de redorer l’orthostatisme de tout ce qui ploie. Mais le médecin généraliste qui ne pratique que selon cette technique est un soldat interchangeable, une partie mécanique du puzzle, choisissant juste la solution la moins coûteuse pour son patient, pour la société et pour lui-même. Ce petit rôle n’est pas drôle très longtemps, surtout pour qui accepte de sacrifier l’envergure du job contre un peu de confort, comme c’est le tournant actuellement :  davantage de rendez-vous, davantage de médecine préventive, moins de gardes, moins d’investissement personnel. Un simple système expert ferait presque aussi bien, qui permettrait de simplement distribuer du soin. Absorber la science, la recracher au contact d’un consommateur manque très vite de l’excitation dont nous avons besoin pour vivre, à moins de rechercher la satisfaction du bon soldat, du bon élève aimant réciter ses leçons par cœur. Mais même dans ces conditions de frilosité professionnelle qui viennent, il restera toujours suffisamment de matériau à qui sait observer la consultation pour ne pas devoir subir l’ennui professionnel. 

 

Balint ne propose rien de moins que d’appartenir au système de soin. Le médecin n’est plus spectateur, mais s’inscrit comme acteur dans l’histoire de l’autre. Le généraliste n’est pas assis au fond de la salle obscure d’un cinéma, observant son patient s’agiter sur l’écran, il est sur la même scène d’un théâtre et lui donne la réplique. Par cette place en forme de rôle, il devient irremplaçable, lui et lui seul est convoqué pour résoudre une problématique, pour comprendre un parcours.

 

Ce corps à corps répété, cette empoignade charnelle prolongée peut laisser parler les hormones, elle est source de passions qu’il vaut mieux savoir décrypter, pour ne pas risquer d’aller s’y perdre trop violemment. Cette « compagnie d’investissement mutuel » est une réalité facile à observer chez la plupart de nos patients fidélisés, sous la forme d’une affichette aimantée sur le frigo (pour les diabétiques !) ou punaisée sur le mur au-dessus de téléphone. Le généraliste et son numéro de téléphone font partie de la demi-douzaine de noms importants, c’est dire s’il fait partie de la distribution de la pièce, au même titre que les enfants ou que la coiffeuse. Lorsque Dr Coq est inscrit au-dessus de la spécialiste capillaire, le message m’apparaît comme  incroyablement émouvant ! Il m’est difficile de ne pas me sentir investi d’une certaine mission quand j’arrive à domicile et que cette liste me fixe dans le blanc des yeux, comme pour me rappeler toute mon importance ressentie. Pour les médecins jouvenceaux, les moins aguerris aux choses de la médecine générale, sachez reconnaître au fil des ans l’incroyable pouvoir thérapeutique de votre simple nom affiché au mur, au côté d’une non moins simple petite vierge en plastique. Votre ego professionnel ne s’en portera pas plus mal.

 

Outre cette place d’interacteur, Balint promulgue le généraliste dans un rôle thérapeutique tout particulier, celui de médicament. Je n’ai jamais encore osé inscrire sur mon ordonnance : Dr Coq, une inhalation matin et soir en cas de crise, mais je suis persuadé d’être parfois aussi efficace qu’un bêta bloquant ou qu’un triptan dans certaines indications bien menées. Quant à remplacer le suppositoire, j’ai encore quelques résistances mais j’y travaille ! Il va de soi que le remède-médecin peut avoir autant que les molécules du marché des effets indésirables : ceux-là ne sont pas marqués dans le Vidal, et la prescription de gélules de soi-même suppose de se connaître un tantinet. Rien ne vaut alors le regard d’un tiers, tiers que peuvent être le groupe et son leader. 

 

Le médecin-médicament, voilà bien un concept des plus excitants, des plus séduisants, pour assurer avec le sourire le service après-vente de nombreuses pathologies chroniques, celles qui sauraient si bien nous épuiser. Par simple extension, je veux voir en Balint un remède du médecin, une de ses armes anti-burn out possibles. Chaque situation banale, répétitive, capricieuse, explosive, fatigante, irritante, peut prendre une couleur particulière quand on l’observe avec les lunettes du père Balint : elle en perd alors son caractère éreintant pour devenir source de puissance, au sens tout spinoziste du terme.

 

La boucle est bouclée. De Balint, me voilà revenu chez Spinoza, tant les passerelles me paraissent évidentes. C’est décidé : j’ajoute l’homme de la clinique Tavistock à mes penseurs hédonistes !

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11 avril 2009 6 11 /04 /avril /2009 10:41

 

Poursuivons ce débat insoluble propre à la médecine générale, que je qualifierais ce jour d’intermédiaire, concernant le subjectif et l’objectif. Les arrêts de travail, nous l’avons vu, se distribuent à la tête du client, tel Dieu le Père dans son auguste clémence (merci Strychnine pour cette belle métaphore).

 

La médecine subjective, nous l’avons souvent répété, se concentre sur le sujet et n’a qu’un seul subjectif : l’imparfait (laisse méditer, au bout d’un moment, ça devrait s’éclaircir !) ; la médecine objective préfère l’objet maladie et n’affiche qu’un seul objectif : sa destruction, nette et sans bavure. Pour faire un peu de caricature, nous pourrions dire que le spécialiste usuel tente de pratiquer la médecine objective, tandis que le psychiatre s’adonne au subjectif. L’homéopathe, de formation généraliste, rebelle aux preuves, s’est engouffré dans le marché du non contrôlable, entraînant avec lui toute une partie de la population qui y trouve son compte. On se souvient des saines bastons entre psychanalystes et comportementalistes à ce propos, des livres noirs et des anti-livres noirs, nous rappelant le bon temps viril des iconoclastes et des iconodules… Et re-vlà notre généraliste et ses oreilles moyennes (93), coincé entre l’enclume et le marteau, étiré vers l’étrier (*), ne sachant plus à quel sein se vouer. Vous savez déjà ma réponse, vous qui me lisez : pour nous, généralistes, l’objet et le sujet sont les deux mamelles de la transe. 

 

Mieux vaut déroger aux règles en toute connaissance de cause : prescrire un médicament inutile, pourquoi pas, mais dès lors qu’on sait son inutilité, son innocuité et son coût supportable pour la société. Pratiquer le hors piste pour le bien-être de son patient reste un des interdits nécessaire du généraliste. Comme me le répétait mon maître, se faire utiliser, oui, mais en évitant de se faire manipuler !

 

Prenons cet exemple de la sinusite annoncée qui encombre nos consultations. Un patient impatient apporte son nez qui coule « c’est vert jaune fluo épais purulent et je suis  sujet aux sinusites et mon ancien médecin me donnait l’antibiotique le plus fort et de la cortisone sinon ça passe pas et ça dure depuis déjà longtemps et pire ça s’aggrave ». Face à ces pleurnicheurs, il devient utile de ne pas s’engager  trop avant dans la médecine individuelle -en cherchant le comment du pourquoi  et parlez-moi-de-votre-père et quelle signification donnez-vous au concept sinusite ?- mais bien de balancer de la médecine objective lourde, c’est à dire de nommer un rhume un rhume et d’envoyer paître les velléités personnelles, lors d’une consultation qui se termine irrémédiablement par ces mots vengeurs : bon, alors, je suis venu pour rien !, qu’à chaque fois j’ai envie de répondre, non, c’était pour de rire, vous avez un superbe cancer de l’ethmoïde !

 

Inter striptum : Dommage que je sois parti sur une bricole nasale, j’aurais dû évoquer une joyeuseté gynéco, ce qui m’aurait permis de terminer ma phrase par « et d’appeler une chatte une chatte », ça nous aurait fait sourire. Rectifiez de vous-mêmes si vous voulez zygomater !

 

Malgré son habillage chaleureux, l’EBM apprécie les chiffres, l’imagerie, le reproductible, la science dure avec un  grand $, la modélisation, la mode. Elle permet(tra) la démarche qualité. Elle sait ce qui est bon pour le patient. Elle s’intéresse plutôt à la médecine mécanique qu’à la médecine dialectique : ainsi, face au palpiteur, elle propose des antiarythmiques savamment choisis, A versus B versus C, en double aveugle, jusqu’à la cryoablation endocavitaire, là où le sage oriental te réglerait tout ça à coup de contrôle de respiration et de régulation parasympathique. Médication versus méditation, voilà un thème qui n’intéresse point l’EMB. Pas plus qu’elle ne compare un médicament actif versus les explications sereines d’un médecin repus et reposé, gorgé de soleil, les couilles joyeusement vidées, capable d’expliquer posément les choses.

 

Conduire la consultation sous l’emprise de l’EBM m’évoque l’approche au volant d’un radar fixe. Le monde pourrait crouler alentour, rien ne compte plus pour les yeux du chauffard que son 90 compteur, au risque du coup de patin meurtrier : jamais un conducteur ne conduit plus mal que lorsqu’il aborde une zone réglementée, ne regardant plus dans ses rétroviseurs, ne terminant pas sa phrase commencée, oubliant ses essuie-glaces, bref, pratiquant du grand art... Pour ce qui nous concerne, admettons que la pure EBM tue un peu la fraîcheur du produit consultation !

 

Les produits dérivés de l’EBM nous inondent de documents qu’il faut peu ou prou ingurgiter. Chaque instance rivalise d’idée pour nous vendre une idée plus rigide. Ce qui est vrai aujourd’hui sera faux demain, et sans doute vrai après-demain : certains font le choix de ne pas courir après la fantaisie du jour pour se contenter d’un trot paisible ;  ils ne sont jamais trop loin de la vérité. Parce que nos chevaux de  bataille d’hier se retournent contre nous : l’à fond le fluor contre les caries se transforme actuellement, à grand coup de 180°, en méfiance les aminches contre la fluorose.

 

Les recommandations de la veille nous arrivent toutes chaudes tous les matins, affolant nos boussoles plutôt que nous donnant un nord bien tracé. Ce qui complique la donne, c’est que ces paroles d’évangile, souvent soumises à des conflits d’intérêt, semblent parfois discutables au lit du malade ou très loin de nos réalités de généralistes.

 

Si la critique négative semble facile, voyons plutôt ce que l’EBM nous apporte. La médecine appuyée sur des solides études randomisées doit être notre vocabulaire, notre alphabet, notre guide contre les mauvais réflexes diagnostiques ou thérapeutiques à éviter. Elle doit s’apprendre au berceau, sur les bancs de la fac, pour être naturelle et indolore, c’est à dire s’oublier et tourner en arrière-fond. Ce sont les gammes et arpèges du bon musicien, qui sait s’en affranchir pour servir autre chose qu’un concert d’études journalières.

 

Je ressens cette EBM comme la colonne vertébrale de la médecine occidentale. Elle permet de fixer les règles, de rembourser certains actes, d’éviter les grands délires personnels, de hiérarchiser la paraclinique, de travailler à coûts pensés, qu’ils soient économiques ou iatrogéniques. Sans doute quelques grands mysticomanes se trouvent-ils améliorés par les guili-guili sur le périnée, grand bien leur fasse ! Notre EBM permet d’opposer du solide aux ayatollahs anti-médecine, créationnistes d’une médecine à deux lenteurs, capables de faux en écriture dans les carnets de vaccination ou de laisser évoluer des pathologies malignes sous prétextes indéfendables. 

 

Face aux dérives de toutes sortes, je préfère un peu de rigidité. A nous d’assouplir la donne !



 

   

 

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4 avril 2009 6 04 /04 /avril /2009 19:45

Lors de certains dîners en ville, j’ose à peine avouer que je suis généraliste tant les quolibets fusent. Face à certains « décideurs », je m’invente souvent pour la soirée un sort plus enviable que le mien. Selon l’attente du public, je deviens au choix moniteur de ski,  journaliste au Monde Diplomatique ou petit rat de l’Opéra ! Le généraliste se traîne souvent au mieux la bonne image de bon con malléable, mais peut rapidement devenir LE prescripteur d’arrêts de travail, celui qui met la France au ralenti, au même titre que les syndicalo-gauchistes, devenant rapidement le bouc émissaire des entrepreneurs qui se lèvent tôt. Eh les gars ! On peut se torcher la gueule et se coucher tard, le Dr Coq nous fera un arrêt de travail pour demain ! Arfff Arrff Arrrf !



 

Faut dire que, vu du côté de l’employeur, nous nous trimbalons une solide réputation de distributeurs de mots d’excuses, dans ce pays d’assistés où nous pratiquons. Reconnaissons que c’est bien dans nos cabinets que se joue ce sport national. Il paraît qu’il suffirait de demander pour avoir ! Une nouvelle fois, il s’agit là d’un nouveau débat entre l’objectif et le subjectif, qui touche donc à la pure spécificité de notre métier de généraliste.

 

Regardons les choses en face pour répondre à cette question totalement justifiée : Pourquoi avons-nous le stylo trop généreux ? En tant qu’homme me réclamant d’une gauche non dogmatique, spécialiste autoproclamé de l’œuf et de la poule, j’aime à m’interroger sur les rapports étroits qu’entretiennent assistanat social et morosité professionnelle : nos arrêts de travail participent-ils au désastre actuel ou le désastre actuel est-il la cause des arrêts de travail ?  La question mérite d’être débattue posément.

 

Evacuons d’emblée la trop facile possibilité pour nous de palper des billets de 22 plumes contre des prescriptions abusives : je n’ose croire que cette éventualité existe ! 

 

Observons plutôt quelques catégories significatives de ces actes, qu’on dira honnêtes et réfléchis :

 

Paupérisation oblige,  j’observe depuis quelques années une exponentialisation manifeste des refus d’arrêts de travail par ceux qui les méritent. Je reçois de plus en plus d’ouvriers du bâtiment complètement détruits, fracturés sous résine m’assurant sans sourire que la brouette leur sert de déambulateur et qu’ils n’ont aucun soucis pour bosser dans le plâtre (!) ou avec une hernie discale, tant sont douloureuses les traites de la maison achetée avec 40 ans de crédit ; d’autant que l’ouvrier sait bien qu’il ne vaut pas plus cher qu’un kleenex usagé. 

 

Je rangerai à part les médecins (et quelques professions voisines), ne s’arrêtant jamais pour maladie, sauf à tomber sous le couteau du chirurgien, qui semble bien la seule noble cause nécessitant réparation. Je n’ai jamais connu, ni vu, ni su un seul confrère « prendre » trois jours pour une angine ! Le médecin malade pique un roupillon entre chaque consultation, dégueule par-dessus son épaule en auscultant et s’automérdique… Un coup de froid ? Moi jamais ! Je suis le Chevalier Damard ! Même la plus profonde des dépressions ne lui fait pas peur : le burn-out du médecin, sache-le, se traite par l’augmentation de cadence, jusqu’à la corde...

 

Nous certifions de plus en plus d’arrêts pour des causes non médicales stricto sensu.  Les patients qui nous arrivent n’ont ni maladie physique, ni guibole cassée, ni bactérie pathogène, ni hypertension artérielle symptomatique, simplement une hypertension professionnelle. Ils échouent de plus en plus fréquemment dans nos cabinets, tendus au delà des limites, pressés, non reconnus, humiliés, harcelés, usés. Plus ils se sont donnés pour leur job, alors qu’ils sont en droit d’attendre une juste reconnaissance, plus ils s’effondrent lourdement. Pour renseigner la case « élément d’ordre médical » sur la première page de l’avis d’arrêt de travail, nous devons faire montre de notre meilleure fourberie : nous osons écrire « anxiété » en lieu de « supérieur hiérarchique pervers », « gastrite » en lieu de « victime de la rentabilité », « syndrome dépressif » en lieu de « bouc émissaire ». Discuter du harcèlement moral comme cause de maladie professionnelle  pourrait faire l’objet d’un article dédié.

 

Observons ensuite cette catégorie d’actes ultra fréquente, concernant les arrêts courts pour la pathologie domestique. Je trouve désolant qu’un patron et son employé ne sachent s’entendre sur une demi-journée de repos occasionnelle, sur des horaires adaptés ou sur un poste allégé transitoirement, et qu’il faille systématiquement passer par la case médecin, avec le coût social exorbitant que nous savons. Le monde du travail est à ce point procédurier qu’il nous encombre de trop nombreuses situations qui devraient s’arranger à l’amiable. Passe encore pour les grosses entreprises, quand le DRH est responsable des cadences devant les actionnaires ! Mais pour les petites structures à visage humain, je ne vois que trop rarement les petits arrangements de bon sens (peut être, je l’avoue,  par simple biais de recrutement !) : tous les jours je reçois des patients déjà guéri, venant uniquement chercher le certificat rétroactif pour excuser la gastro du matin ; notre rôle médical se borne à un simple « alléluia, grâce à Dieu, vous allez mieux ! ». Si les choses paraissent plus souples dans le privé depuis les RTT, ces prescriptions incessantes restent une des méchantes casseroles du fonctionnariat.

 

Je passerai rapidement sur nos prescriptions arrondies aux fins de semaines, de justifications douteuses : le gus qu’on voit le mardi, qui nécessiterait 3 jours d’arrêt et dont la boite est fermée le vendredi après-midi motif aux 35 heures, celui-là aura sans doute son sésame tripliqué jusqu’au vendredi inclus, voire jusqu’au lundi…  Ces arrondis, à vue de nez, pèsent bien de 10 à 20% dans l’addition !

 

Je ne parlerai pas non plus des arrêts interminables, en attente d’un avis spécialisé (dans nos régions sous-médicalisées), d’une décision de caisse ou de commission pour invalidité... C’est une portion considérable dans le pool de nos prescriptions …

 

La gestion des feignants est un vaste problème beaucoup plus joyeux. Nous aurions pu partir de cette simple assertion : le travail, c’est la santé.  Nous aurions ainsi pu penser que si le travail est bon, la santé est bonne. Que quand il est con, elle déconne. Or, ce n’est pas si simple : il existe des vrais traîne-latte, des pue-la-fleur, spécialisés dans la magouille foireuse, qu’on repère immédiatement en ouvrant la porte de la salle d’attente. Ce ne sont pas forcément ceux qui ont les professions les plus pénibles, mais bien ceux qui ont acquis par un long apprentissage et un compagnonnage de tous les instants toutes les ficelles pour buller payé. La prescription est donc un acte éminemment subjectif, tant la valeur travail fluctue selon les milieux. Comme toujours, la chose s’éduque à l’école communale : l’absentéisme scolaire me paraît faire le lit de l’impressionnante sollicitation de certains pour l’obtention du bon d’excuse « médicale ».  Là encore, nous pouvons avoir un rôle préventif.

 

On trouve ces « profiteurs » partout, mais certaines professions seraient plus à risque que d’autres. Je ne vais pas les balancer, quand même … Si ?! Vous insistez ???  Bon, je vais juste répéter les bruits de couloir ! Organisons ce jeu odieux en forme de note de gueule, comme nous n’osons le faire qu’en fin de soirée arrosée entre confrères : imaginons un travailleur social en institution et un ouvrier agricole consultant pour la même pathologie (disons une fracture des os propres), lequel repartira préférentiellement avec son arrêt ? C’est vrai qu’à jeun et par écrit, l’exercice gratte un peu !

 

Les gens ne choisissent pas un métier par hasard : n’endosse pas le cocon d’une entreprise très maternante qui veut ! Comme dirait le gars Renaud : c’est pas l’homme qui prend la mer, c’est la mer qui prend l’homme. Les professions sont faites de subjectivités tout à fait différentes : un enseignant ou un employé municipal ne sont ni un marin pêcheur ni un bûcheron, et n’ont pas les mêmes représentations de la maladie. Ou, pour le dire autrement et me faire quelques nouveaux amis, la fac de psycho ou les IUFM ne semblent pas les endroits idéaux pour apprendre à surmonter par le mépris les petites bricoles de la vie. Corollairement, bon courage au bûcheron pour rester enfermé 4 jours par semaine avec des écoliers suractivés !

 

Quelle réponse, donc, pour contrer ces avalanches de certificats. Brassens l’avait bien compris, qui écrivait à peu près ça :

Quatre-vingt-quinze fois sur cent,
La femme s'emmerde en bossant …


Rendre le travail plaisible à tous les niveaux, voilà ma seule réponse. Je plaide pour le retour de la cafetière et de la pause pipi non surveillée. Je milite pour la diminution de toutes les contraintes injustifiées, celles qu’on m’expose tous les jours. Je vote pour la facilitation de tous les petits plaisirs sur les lieux de boulot. Utopie ? Quelques entreprises nous prouvent pourtant la rentabilité de telles mesures. L’arrêt de travail répété doit rester une alerte forte de déshumanisation du travail, devant inciter à une remise en question des petites vexations qui rendent le labeur impossible. Mon souhait, en remplacement du ministère des reconduites aux frontières : un ministère du bien-être et de la suppression des désagréments inutiles. La tâche est lourde !

 

On dit que dans la plupart des autres pays, les travailleurs bossent le sourire aux lèvres : le travail grincheux serait-il spécifiquement franchouillard ?

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28 mars 2009 6 28 /03 /mars /2009 11:48

Y’a pas grand chose de plus tristounet que de voir nos jeunes échouer dans nos cabinets, la micro-quéquette ressentie entre les pattes. Sociodéprimés. Cassés dans leur ascension de jeunes étalons. Terrorisés chez papa-maman à l’heure où ils devraient courir la planète.

 

Ils auront tout essayé pour surnager. La fumette solidaire de pétards, puis solitaire. Le jeu  en ligne, des nuits durant, "je décroche quand je veux". Le petit piercing là où il faut. Le gros tatouage là où il ne faut pas. Le compte face-book avec 750 amis. Jusqu’aux comportements ordaliques si bien décrits par David Le Breton.

 

Et les voilà, minables d’entre les minables, anéantis par l’obtention d’un diplôme qui ne vaut plus rien sur le marché de l’emploi, devant abandonner le projet d’acheter la bagnole rêvée pour emballer la fille du voisin. N’aspirant plus qu’à la notoriété brutale perçue comme envisageable par les émissions de télé-crochet. Se recroquevillant autour d'une image identitaire détruite, victimes potentielles des thèses du Front National.

 

Et les voilà écorchés vifs, se ressentant esclaves modernes d’une société dégueulasse qui ne leur offre pour tout  rêve que des petits boulots de merde, tandis que des nababs discutent en se pavanant sur les plateaux télé de solutions bricolées pour eux.

 

Et les voilà dans nos cabinets, après une bagarre en sortie de boîte, ou amenés par les parents désespérés parce qu’ils ne se lèvent plus le matin. On se demande bien pourquoi ils ne se précipitent pas dès 7h 30 à l’ANPE du coin, le sourire aux lèvres !  A trop bien lire nos recommandations, nos DSM ou autres registres savants, on voit bien que ces jeunes patients sont déprimés, et certains d’entre nous seraient tentés de les affliger d’un antidépresseur. Confrères, par pitié, posez les stylos !  

 

Devant ces jeunes rabougris, travaillons à leur redonner l’ampleur qui est la leur. Aidons-les à élargir leur vie à leur propre taille, qui vaut davantage qu’ils ne se l’imaginent. Posons leur l’impasse du cannabis. Travaillons à la restauration de leur propre image. Même si nous pensons ne pas pouvoir grand chose pour eux face au contexte social qui les ploie, bousculons-les au lieu de les enfermer dans un rôle de malade.

 

L’Europe telle qu’on nous la vend de force (T'as dis non ? Tu diras oui, à force de référendums successifs !) nous fait pleurer.  Des normes, des enculages de mouche, du gros pognon, des budgets de fonctionnement colossaux. Comme seuls liens sociaux : l’euro, le drapeau étoilé, les ruines du catholicisme  et la récession… Pas de culture, pas de langue, pas d’équipe de foot, pas de fête, pas de télévision, pas de gastronomie,  pas de transports, pas de code de la route, pas de héros communs…

 

 

Voilà ma proposition pour ré-enchanter le produit : le métissage culturel de nos jeunes. A l’heure où le travail manque, au lieu de leur payer des minables stages de réinsertion, des consultations de médecine générale et des somnifères, offrons-leur du chantier international. Y’ a plus de boulot ? Qu’ils en profitent donc pour vivre, ils auront bien le temps d’aller au charbon quand il y aura du charbon. Qu’ils apprennent les langues, ce ne sera jamais perdu. Qu’ils apprennent à ne pas craindre le voisin, ce qui vaut bien un mauvais tripalium !  

Là où nos pères passaient un an à apprendre dans les casernes à tirer sur les Allemands, offrons à nos garçons un an pour apprendre à … j’ose à peine le dire… tirer les Allemandes dans les tavernes. Scuse-moi, je fais l’humour, pas l’amer, et je fus carabin ! On a toujours trouvé de l'argent pour les choses de la guerre, on pourrait trouver de l'argent pour les choses de l'amitié.  



Voilà ma réponse à la morosité ambiante : un an (ou 10 jours) de stage outre-frontières pour tous nos jeunes de 20 à 25 ans, qu’ils « nous » fabriquent enfin l’Europe, et non pas simplement pour les quelques privilégiés qui le peuvent (j’ai lu : 1.5 millions de chanceux pour toute la génération Erasmus). Restructurons la société autour d’un projet commun, d’une sorte d’épreuve initiatique que la société cherche désespérément, pour remplacer les rites religieux ou militaires. 


Je pose l’année juvénile européenne comme fondement de l’Europe culturelle
. Un an facilité et exigé pour tous nos jeunes, prêtés en cadeaux à nos voisins, tandis que nous recevrons les petits polonais et les jeunes grecs. Un an de carte gratuite pour tous les transports en communs. Des chèques repas et des tickets bières, des entrées aux festivals, des cartes de réduction massive pour les produits de première nécessité. Un paquetage de préservatifs offerts par le Vatican, un mini-PC et sa connexion tout terrain, un abonnement téléphonique international gratuit, une couverture médicale européenne. Des auberges de jeunesse partout partout. Des cités de jeunes européens dans les grandes villes. Des chantiers, des jobs, du compagnonnage, des fêtes, des cours de langues par leurs homologues locaux, de l’accueil chez l’habitant (je suis le premier volontaire). Des professionnels locaux pour l’accueil, la gestion des problèmes, l’organisation. Un passeport européen à faire valider toutes les semaines.

 

J’en vois déjà qui convulsent : l’Europe ne sait pas faire ça, l’envergure heureuse, elle préfère s’occuper des normes des chiottes publiques. Commencez petit, les gars, vous verrez que ça viendra. Imaginez plusieurs options : la version longue en autonomie (un an de démerde pour ceux qui veulent s’imprégner d’une langue et d’une culture) ou la courte obligée (10 jours de chantier en Lituanie, en Hongrie ou en Sicile), sans oublier n’importe quelle autre solution intermédiaire : le stage en entreprise, l’année de doctorat, l’expérience verte, la pause professionnelle, semi-professionnelle voire franchement amatrice. Seuls importent l’amplitude de l’inspiration, la rupture, l’échange.

 

Je tiens aussi au travail de restitution de cette expérience : un simple blog peut suffire, que les choses vécues s’expriment, ou quelques pages rédigées à joindre à tout curriculum vitæ ultérieur. Nous étions « libérés » des obligations militaires, ils seraient «engagés » dans la fabrication européenne. En place de l’uniforme kaki, le simple tee shirt et le jean. En place de la musique militaire et de la marche au pas, une sauce européenne, un pas de danse qui remplacera la salsa.  

 

Bref, une sorte d’Erasmus élargi pour ceux qui n’y penseraient pas ou qui ne bénéficieraient pas de certaines dynamiques, familiales ou universitaires. Une égalité de chances, à laquelle je tiens. L’Europe comme socle commun à l’ouvrier et à l’étudiant.

 

Qu’est ce que tu fais l’année prochaine ? Je fais l’Europe ! V’là une réponse plus tonique que : j’espère recevoir mon pré-accord pour un sous-stage de sous-apprenti sous-magasinier avec mon bac + 3.

 

Qu’au retour, ils auront pris des épaules nos jeunes, et ils pourront nous regarder de haut, franco-franchouillards poussiéreux que nous sommes !

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21 mars 2009 6 21 /03 /mars /2009 12:22

 

Nous devions déjà tenter de pratiquer la médecine malgré la presse grand public, la télévision ou Internet, nous devons désormais faire avec les frasques fracassantes du Benito très étroit (*). Le gars Ratzinger, qui m’amusait avec ses petites excommunications en famille, ne me fait plus rire. Tant qu’il faisait joujou avec les âmes improbables, on pouvait presque lui pardonner d’exister. Dès qu’il s’attaque au corps, sonnant et trébuchant, il touche à l’animal et au médecin que je suis et mérite un solide coup de dents, même si je n’ai pas la passion du mordre en meute. Je sais que mes quelques milliers de lecteurs ne pèsent pas lourd face au milliard et demi de ses ouailles, tant pis, l’union (*) fera notre force. Voilà la phrase proférée par cet homme complètement tiaré (*) ce 17 mars 2009, date qui fera date, et sans doute beaucoup plus de morts que le 11 septembre  : "On ne peut pas régler le problème du sida avec la distribution de préservatifs" mais "au contraire [leur] utilisation aggrave le problème".

 
Les confrontations sanglantes entre l’Eglise et la Science sont ancestrales. Je pose un grand E à Eglise pour ne la pas confondre avec celle de mes amis, ceux-là qui sont restés embourbés dans la leur, mais ô combien plus vivante ! Ces nouvelles affaires qui s’enchaînent montrent le gouffre qui sépare la raison de l’oraison. Nous nous sommes habitués, à force, d’entendre les insanités des hommes en pourpre, même si chaque nouvelle saillie provoque un raz de marée médiatique (
*) : le dernier surenchérissement sonne pourtant comme plus inquiétant.

 

Le but de ce papier est surtout de dénoncer la réponse de la société à cette phrase assassine, réponse qui me paraît d’un autre siècle. Le gus est un vrai délinquant un vrai, et mérite à ce titre le tribunal : si notre Boutin nationale avait vomi de la sorte, je reste persuadé qu’elle se serait retrouvée devant le juge. Quand je vois des pauvres types passer une nuit en garde à vue pour avoir osé proférer un  discret « mort aux vaches » face à un uniformisé bedonnant,  tandis que des tueurs en série de cet acabit courent encore, j’ai mes aigreurs. Pour arrêter les (v)agissements de cet homme -qui n’est pas Dieu qu’on se le dise ! -, j’ai bien peur qu’on ne puisse compter sur la justice de son minuscule état : j’ai les plus sérieuses difficultés à m’imaginer ses Gardes Suisses venir lui passer les menottes ! On ne peut donc compter que sur un tribunal international.

 

Au minimum, on pourrait retenir le chef d’accusation de non-assistance à personne en danger (*), qui en ont fait dormir plus d’un en prison mais qui n’est pas une valeur partagée par tous les pays. Moi qui ne suis pas fortiche en droit international, j’ai quand même idée que le crime contre l’humanité pourrait lui seoir comme un gant, à la lumière de l’article 7 du Statut de Rome de la Cour Pénale Internationale (on y trouve par exemple le meurtre, l’extermination, la persécution de tout groupe ou de toute collectivité identifiable pour des motifs d’ordre […] religieux ou sexiste, d'autres actes inhumains de caractère analogue causant intentionnellement de grandes souffrances ou des atteintes graves à l’intégrité physique ou à la santé physique ou mentale... Compte tenu du poids de sa parole, entendue comme para-divine, frappant des cerveaux formatés à l’impossibilité de la moindre critique, il n’est pas besoin de pousser le bouchon trop loin pour entrevoir dans ces thèses un flirt avec le négationnisme ou les eaux troubles du génocide par manipulation morale.

 

Or, que lit-on dans la presse ? Les plus virulents d’entre les virulents demandent au futur Saint Homme des excuses publiques et une petite rectification (j’attends la presse du mercredi, qui n’a pas eu le temps de décocher ses tirs..) ! Courbettes et prosternations devant le criminel, dont les interdits vont tuer des wagons de jeunes adultes (les plus queutards, heureusement, il y a quand même une morale !) et générer autant d’orphelins. La phrase proférée pourrait sembler provenir d’un ramolli du bulbe, d’un cerveau mité, or ce cerveau mitré est intelligent, cultivé, sans doute un des plus influents de la planète : sa sentence est délibérée, et comme telle mérite d’être combattue d’homme à homme, en laissant Dieu dans son placard. 

 

D’où vient cette incroyable bévue, à savoir qu’un homme aussi influent puisse proférer des énormités pareilles sans être poursuivi pénalement par la communauté ? Même si l’Histoire s’est chargée de démonter la soi-disant infaillibilité papale, l’ayant rendue farce à force de contre-exemples, il persiste un blême paraissant insoluble. L’homme fort du catholicisme semble intouchable et continuera d’être reçu dans nos pays occidentaux avec des tapis rouges. Sans doute payons-nous encore l’addition de la philosophie, qui  s’est souvent arrêté de penser aux portes de la religion. Descartes, pour exemple, avait posé le principe de douter de tout, tout en ne touchant pas à la religion du Roi et de sa nourrice ; certaines éminences grisâtres du pouvoir en place ont conservé cette boiterie conceptuelle ; tout naturellement, peu aidés par des demi-penseurs, les petites gens comme toi et moi ont gardé ce réflexe imbécile de croire que ce qui s’échappe d’un homme d’église est parole d’évangile, et donc inattaquable.

 

J’aimerais pour ma part vous convaincre que le patron de l’église n’est qu’une viande pensante comme une autre, prenant ses décisions avec ses casseroles, ses douleurs, sa Sainte Névrose, ses neurotransmetteurs. Au moment où j’écris, j’espère que tout le monde a compris que chaque émanation d’un cerveau humain n’est que le fruit de la rencontre d’un corps et du cours de l’histoire.

 

L’ancien locataire du Vatican avait convaincu les derniers récalcitrants qu’il était bien un homme banal, affichant son Parkinson comme tout un chacun. Je ne sais pas quelles sont les tares physiologiques du nouveau successeur de Pierre, mais je lui imagine aisément des eczémas, des dents qui se déchaussent, des furoncles, des éructations fétides, des intertrigos mycotiques, toutes ces bricoles somatiques qui sont le dénominateur commun de tous les mortels, participant à fabriquer la pensée de chacun. Observe autour de toi, l’ami, comme chacun réfléchit avec son corps, avec ses cicatrices, avec ses grains de sable ; Adeline l’a bien souligné (114). Dis-moi ce que tu as pansé, je te dirai ce que tu penseras. Cette phrase assassine qui nous préoccupe ne tombe pas du ciel, elle n’est que la fiente d’un homme refoulé qui se shoote à l’encens, et qu’on pourrait contrôler positif à diverses phobies.

 

Comme pénitence, ne lui demanderons pas de marmonner des Ave Pater en boucle, mais bien de participer aux frais de tri thérapie des malades du Sida qu’il aura générés. Je demande pour ceux-ci le remboursement à la société des sommes colossales spoliées aux plus fragiles par l’Eglise au cours de l’histoire. Je vote pour la récupération et la remise sur le marché des tonnes d’or entassées, que cette richesse insensée accumulée par le sang et les menaces serve à la restauration de la vie humaine plutôt qu’à la thésaurisation. On nous répète que les finances du  Vatican sont dans le rouge : laissez-moi fouiller dans les sacristies, je crois pouvoir vous trouver quelques calices à fondre ! 

 

Et mes amis cathos, qui me répétez à l’envie que vous n’êtes pas toujours d’accord avec les décisions venues d’en haut : demandez la tête du prélat supérieur, sa démission, son apostasie (*) ! Mais ne lui demandez pas qu’il s’auto-flagelle en public, il risquerait de jouir !  

 

Dimanche, mes amis, partez à la messe avec des banderoles, des bidons, des fumigènes, des porte-voix, des tracs. Enfermez les curés dans les sacristies. Abandonnez pour une journée vos médailles et vos crucifix pour vous agrafer un ruban rouge à la boutonnière.  Habillez-vous avec vos gilets fluo. Brûlez les hosties non consacrées, avant la séquence transsubstantiation (*), puisqu’il n’est ici question que de bousculer un homme, non pas Dieu ou une quelconque croyance personnelle. Et criez des slogans enfin vivifiants :

 

« Benoît, démission, ton peuple est dans la rue… »

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14 mars 2009 6 14 /03 /mars /2009 12:27

Une drôle de race usage mes consultations. Je pense aux siamois des couples monozygotes, incapables de lâcher leurs prothèses conjugales en salle d’attente.

 

Chacun vit son vice comme il l’entend, j’entends bien, mais pousser le jeu fusionnel jusque cœur de la consultation médicale, voilà bien une chose qui me les entrechoque. Chacun pense avec son histoire, avec son parcours, avec ses phobies, et j’entrevois bien dans ce papier qui vient une des miennes, asphyxiante, même si je conçois que beaucoup d’entre vous puissent trouver touchant et merveilleux de partager jusqu’à ses thromboses hémorroïdaires, ses polypes ou ses endométrioses. Moi, je trouve ça répugnant.

 

Evacuons d’emblée toutes ces consultations à deux dictées par le bon sens : l’un des deux nécessite la présence de l’autre, pour une véritable dépendance imposée, qu’elle soit physique, psychiatrique, linguistique, voire culturelle, même si je ne souscris pas aux rudesses traditionnelles, loin s’en faut, et que j’incite à l’intégration républicaine ! Ces couples sont le plus souvent facilement sécables, à notre demande.

 

A l’inverse, l’exceptionnelle consultation en tandem d’un patient qu’on voit habituellement seul est toujours payante : l’autre s’inquiète, nous apportant un éclairage latéral souvent bénéfique en consultation. Le tiers exceptionnel, c’est une sonnette d’alarme à ne jamais ignorer.  

 

Quant au tiers systématique qui s’impose, c’est une autre rengaine ! Description du voyou conjugal, donc, qui commence à parler de lui dès l’ouverture de la porte de la salle d’attente, alors que le rendez-vous est pris pour celle qu’il emprise.

 

J’ai vécu ce moment étrange et pénétrant, où je devais enfiler un spéculum à une bourgeoise sous le total contrôle visuel de son mari ! Dame pourtant hexagonale, née dans un pays où les droits de la femme sont moins bafoués qu’ailleurs, élevée à la philosophie des Lumières et des avancées de 68. Sur mes genoux qu’il aurait voulu s’asseoir, le salopard, pour vérifier lui-même les intérieurs de madame ! (Excuse-moi, Jak, de te voler le pain de la bouche : je ne fais que minimaliser une triste réalité)

 

Tu vas me rétorquer, lecteur, qu’il aurait suffi que j’impose au vilain de rester coi dans la salle d’attente pendant la consultation de son objet matrimonial ! Imagine, j’y ai pensé aussi et je tente d’ailleurs systématiquement l’affaire en ce sens, à coup d’ironie, de menaces, d’interdits, de croche-pieds : même le « ce doit être un bien mauvais coup, votre jaloux, pour vous surveiller à ce point » marmonné à l’intention de l’ignoble ne suffit pas ! Parce que le voyou conjugal est sourdingue au tiers, aveugle et délinquant. Il utilise parfois une mauvaise raison pour s’imposer dans le colloque singulier -comme plus minable motivation, le carnet de chèque parce que sa ménagère ne sait pas signer- ; le plus souvent, il n’y a aucune excuse, il brutalise les portes et évacue d’un dédaigneux mépris le  symbolique barrage du docteur.


 

Ne soyons pas sexiste, les choses sont symétriques et nombre femelles dominantes viennent châtrer leur mâlicule devant témoin. Elles me font mal, ces marâtres velues, à déballer la virilité défaillante de ceux qu’elles ont phagocytés, les traitants comme moins-que-riens, répondant elles-mêmes aux questions que nous adressons à leurs proies. Je tente tout pour pouvoir entendre les mots de la victime, rien n’y fait, l’affreuse précède tout, dit, aboie, impose les solutions. Lecteur de Foucault, j’ai compris depuis bonne lurette que le sado-masochisme, tant qu’il est librement choisi, est un contrat respectable. Tant que ça se joue en ville, je ne trouve rien à redire. Mais dans mon cabinet, c’est plus compliqué pour moi, parce que titillant mes problématiques personnelles : ma difficulté est bien ma place d’observateur privilégié de la scène qui se joue, lorsque je suis pris à témoin.

 

Les couples symétriques ne sont pas moins déstabilisants, qu’ils soient le témoin du joug conjugal autant que des pétrifications filiales. Papa vient toujours avec Maman. Maman accompagne systématiquement Papa. Fifille assiste Môman, Môman ne raterait pour rien au monde la consultation de Fifille. Rien de l’un ne doit jamais échapper à l’emprise de l’autre. Et moi qui benoîtement pensais que le cabinet médical pouvait être cet endroit singulier d’une rencontre à deux ! Que la consultation pouvait être le moment de lâcher quelques pressions, y compris concernant la vie domestique ! Pour résoudre les inévitables tensions que les fusions fabriquent, on ne peut même pas compter sur les psychanalystes, qui n’ont pas encore inventé le divan  biplace !

 

En marge, mais correspondant à une problématique voisine, j’observe souvent  la consultation de fratrie. Certaines mamans nous amènent systématiquement la totalité de leur progéniture, dans une sorte de magma familial. Ce sont mes familles ‘bouillie’, dans lesquelles aucun enfant n’a d’existence individuelle. La pondeuse caquette le synopsis de la consultation de la couvée comme suit : Tony a le rhume et pas de fièvre, Johnny tousse et a mal à la gorge, Lenny a vomi cette nuit et il faut un certificat d’orthophonie pour Johnny ; et Tony, il tousse aussi. Tony il avait les yeux collés hier. Vas-y Lenny, déshabille-toi que le docteur y te regarde. Et vas-y aussi Tony, le docteur il est pressé. Et j’ai plus de gouttes pour les lavages de nez et faudrait me marquer les vitamines à Johnny.  

 

Quelle importance, finalement, que cette catégorie de patients, qui vivront et mourront amputés ? C’est leur nécessité, grand bien leur fasse. Il n’est pas raisonnable de vouloir changer quoique ce soit à cet état de fait quand les choses sont irrémédiablement fixées. Plus intéressant est de comprendre nos réactions de soignants face à certaines situations particulières. Ici, j’espère vous avoir fait partager mes réactions épidermiques, dont je connais la genèse et que je tente de contrôler au mieux,  mais qui utilisent une grande partie de mes ressources en consultation, au risque de l’erreur médicale. Pendant que j’échafaude des plans pour éliminer le malotru excessif, esquivant ses incessantes interventions, ses tentatives pour prendre l’ascendant, essayant de ne me concentrer que sur le consultant, je me sais en difficulté.

 

Pas de leçon à apprendre cette semaine, mais un devoir à faire et à me rendre, je ramasserai les copies : Tentez de comprendre pourquoi et comment quelques catégories de patients vous épuisent… Les repérer, c’est déjà résoudre en partie le problème.

 

 

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7 mars 2009 6 07 /03 /mars /2009 16:14


Terminé le blabla. Voilà enfin un sujet que je maîtrise parfaitement, diplômé que je suis d’une université parisienne, s’il vous plait ! Certifié en Club-Méderie (j’en connais un autre, ancien GO, sacrément bien reconverti ; qu’il fasse son coming-out s’il ose !), en amours tropicales, en turista (surtout généreuse en Afrique, en Asie et en Amérique latrine),  en contraception du décalage horaire, en vaccination contre les maladies estranges,  en envenimations terribles et autres risques du farniente ensoleillé.  

 

Je vous conseille cette formation passionnante, ce DIU dispensé par Olivier Bouchaud et son équipe, intitulé « Médecine des voyages - Santé des voyageurs » et qui m’avait joliment excité. Je l’avais entrepris pour le plaisir et devant mes difficultés face à l’ampleur de la demande, bien que je ne puisse vous confirmer que ce DIU simplifie vraiment les choses pour  le simple généraliste, décidé à conserver sa casquette d’omnipraticien sans travailler spécifiquement dans un centre dédié. Mais généraliste je suis, généraliste je resterai et comme conseiller le voyageur reste une de nos difficiles fonctions, autant nous ouvrir à ce vaste champ avec notre meilleure volonté.

 

La difficulté première que le DIU n’a pas résolue pour moi est la contrainte temps : les demandes de conseils tombent systématiquement entre la poire et le fromage de la consultation. C’est toujours après l’angine et avant le renouvellement de traitement que la chose tombe : Tiens, au fait, docteur, je pars demain pour 15 jours en Thaïlande pour violer des gamines, dois-je me faire vacciner ? A part prescrire un peu de bromure au futur criminel, lui  rappeler  les lois internationales et lui conseiller de déguster ad libitum des cornets glacés sur les marchés pour le mettre hors service, imaginez la concision qu’il nous faut avoir pour boucler le tout en 5 minutes, tant que le patient refuse de revenir pour une complète consultation de prévention ! Voilà bien mon premier vœu pieu, à l’adresse des patients : une consultation voyage doit être une consultation dédiée.

 

Je suis souvent étonné par l’incroyable inconsistance des patients pour leur préparation d’un séjour tropical : aucune lecture préalable, aucune information sur la politique locale, aucune notion sur le parcours envisagé… Quand on sait qu’il faut 10 ans d’explications répétées pour tenter d’éduquer à la pathologie domestique, je reste dubitatif sur mes conseils à l’emporte pièce à de tels voyageurs. Heureusement, les guides de voyage commencent à donner des informations médicales vraiment pertinentes ; je ne peux que me réjouir des conseils signés par Alain Fisch dans le Routard®, le patron du très recommandable Santé-Voyage, seul site en ligne d’informations médicales à l’usage des voyageurs et des médecins, accompagné d’une boutique en ligne qui permet de trouver les produits spécifiquement nécessaires au voyage.

 

Pour aider nos patients, aidons-nous nous-même : les données changent vite, le conseil au voyageur est difficile, à moins de raconter n’importe quoi. Nous devons avoir quelques informations fraîches à portée de clic. Une carte, d’abord, pour situer le périple. La banque de données Edisan® qui est utilisée dans les centres spécialisés est hors budget pour les généralistes de ville, le BEH est difficile à consulter rapidement. Santé-Voyage® et le site du ministère de l’intérieur me paraissent incontournables pour de l’information immédiatement pertinente. Les bouquins sont dépassés en quelques années, ils ne permettent aucunement de connaître les alertes sanitaires en temps réel. L’autre solution est d’appeler un centre de vaccination en qualité de professionnel et d’obtenir ainsi les informations pertinentes à délivrer à nos patients. Ces centres sont toujours très disponibles et de judicieux conseil. Pour ceux qui préfèrent s’exciter de façon autonome avec leur bite et leur couteau, voilà le couteau suisse idéal, Tropimed®, plus proche du système-expert que de la base de données brutes, permettant d’assurer du véritable conseil professionnel. Une source de plaisir à ne pas bouder, pour tout médecin qui ne veut pas se (mé)contenter de ne traiter que des angines.

 

Outre la nécessaire homélie autour du palu, la protection contre le soleil et les moustiques, le péril fécal, il est recommandable de ne pas oublier quelques recommandations sur les véritables risques du voyage « usuel » : les accidents de la route, les soûleries et autres gros délires de pseudo liberté loin de la base surmoïque, les bobos aux pieds, les noyades, les homicides, les coups de soleil, les essais de produits illicites présentés comme faisant partie intégrante de l’expérience initiatique, les plongées bouteille juste avant de reprendre l’avion, la sexualité non protégée…. Ne parler que du paludisme serait un peu court, tant  la pathologie infectieuse est mal placée au box-office des retours médicalisés. 

 

Voyez un peu : 70 % des rapatriements sanitaires sont le fait de la traumato, de la cardio, de la neuro ainsi que de la psy, tant le voyage peut rendre dingo,  particulièrement en Inde et de façon beaucoup plus rigolote en Israël, où l’on ne compte plus les délires mystiques à proximité des lieux saints. Le pèlerinage à la Mecque représente une aventure de proximité humaine, où le risque semble essentiellement le Saint Ecrasement, puisque le vaccin tétravalent contre la méningite est désormais obligatoire.

 

Les voyageurs usuels qu’on reçoit en consultations peuvent se ranger en plusieurs tiroirs, attendant des réponses différentes :

 

  • Les retraités organisés en sages troupeaux, dont les principaux risques sont la décompensation de pathologies liés à leur état physiologique. Thromboses veineuses dans l’avion, décompensation du diabète ou crise de goutte face au buffet à volonté, déshydratation assistée par le furosémide ; les risques de maladies tropicales sont réduites au minimum chez ces patients dormant dans des chambres climatisées, dans des lieux dédiés au tourisme de masse. Calmos donc sur les prescriptions abusives d’antipaludéens de groupe 3, en ces sites souvent privés d’anophèles. Notre objectif premier doit être de prévenir les risques liés à l’ordonnance habituelle, et nous recentre ici dans un rôle irremplaçable de médecin pivot.

 

  • Les adeptes du tourisme équitable, bobos et routards, au risque sanitaire réel, mais le plus souvent assez bien informés. Ils savent souvent quel antipaludéen est recommandé et nous posent des questions plus spécifiques comme l’indication du Ticovac® ou les bons plans pour trouver des moustiquaires imprégnées. Les très longs voyages sur plusieurs régions impaludées successives, aux résistances variées, méritent des consultations spécialisées.

 

  • Les travailleurs expatriés en zone tropicale, posant le problème de la prise en charge sur plusieurs mois, mais qui n’ont pas de problème économique pour se prémunir, vaccinations et couverture médicamenteuse étant assurées par l’employeur.

 

  • Les retours au bled, gros pourvoyeur des pathologies de retour, en particulier pour les 200 morts annuels de paludisme en France. Les deuxième ou troisième générations sont particulièrement à risque et méritent une attention toute particulière. Tout aussi importante est la prévention des mutilations sexuelles féminines chez nos petites franco-africaines qui rentrent au bled pour les vacances. Je ne m’interdis pas l’examen génital des petites filles surtout maliennes et mauritaniennes, mais également sénégalaises nées en France et partant en vacances au pays ;  cet examen préventif fait devant la maman, avec des explications claires et fermes, réitéré au retour, me paraît rentable tant pour la sauvegarde de l’intégrité sexuelle des fillettes que pour la diffusion de message en Afrique.

 

  

Je passerai rapidement sur une autre demande, assez fréquente en nos cabinets : le faux certificat médical pour annulation de voyage, celui qui permettrait au patient de toucher le remboursement des frais engagés. Quand j’annonce la couleur, à savoir que je prends en liquide la moitié des sommes indûment remboursées par l’assureur, les choses se calment le plus souvent. A malhonnête, malhonnête et demi.

 

On le comprend bien, le pognon est le nerf du guerrier voyageur. Le poste médicamenteux peut représenter une part importante d’un budget vacances, rarement signalé sur les plaquettes publicitaires : c’est dans nos cabinets que la douloureuse est annoncée. C’est dire si les choix vaccinaux ou anti-paludéens sont dépendants des possibilités financières des voyageurs. En médecine remboursable, rien ne semble trop beau pour nos patients. Dès qu’ils doivent mettre la main à la poche, ils retrouvent une saine réalité ! A nous de savoir conseiller au mieux, en essayant de comprendre au mieux les conditions de vie sur place.

 

En tout cas, mesdemoiselles, le plus sage pour vos prochaines vacances sur les îles serait d’emmener dans vos bagages votre Dr Coq en personne ; croyez-moi, je saurais vous enduire des meilleures huiles protectrices…


 

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28 février 2009 6 28 /02 /février /2009 21:46

La faculté nous a donné notre feuille de route, à dérouler pour chaque consultation : interrogatoire, inspection, palpation, auscultation, biologie, imagerie, diagnostic, prescription médicamenteuse. Toujours à la bourre, nous préférons nous concentrer sur le minimum syndical, en adoptant la séquence raccourcie prise de tension, ordonnance, feuille de soin. Pour oser demander nos honoraires après certains actes rapides, nous n’oublions jamais le réflexe prescription qui lui précède et qui signale au patient qu’il s’agit bien d’un acte médical. Je force à peu le trait ? Faut voir...

 

Ce furieux besoin de terminer chacune de nos consultations par la rédaction d’une ordonnance me parait assez inquiétant à plusieurs titres. La prescription coûte cher et peut rapporter lourd, rapport à la iatrogénie. Elle incite surtout à éviter de penser à d’autres solutions, en clôturant brutalement le débat : circulez, à rien à voir. Elle place le médecin dans un rôle pervers de toute puissance, flatté et alimenté par l’inconscient collectif.

 

Revenons à notre séquence inaltérable : 1-Tension, 2-prescription, 3-pognon.

 

1-Autant nous ne sommes pas dupes sur la prise de tension, quasi systématiquement demandée dans tout acte médical qui ne se respecte pas, souvent utilisée comme rite conjuratoire magique : quand les bonnes conditions de prise de tension ne sont pas réunies, elle fait partie du décorum. Le boniment médical qui l’entoure se résume à annoncer au patient la valeur qu’il attend ou à utiliser une valeur choisie pour étayer notre discours. L’intérêt de cet acte folklorique équivaut à parler du temps qu’il fait : on s’en fout, mais c’est une sorte de code social incontournable. Une bonne prise de tension, pour une décision en découlant, ne se prend jamais à la sauvette, mais bien selon des critères rigoureux. Qu’importe, cette façon de procéder, non reproductible, est assez peu toxique sauf pour la respectabilité de notre profession.

 

3-Je n’oublierai pas la troisième étape, celle que nous maîtrisons le mieux : la réalisation de la feuille de soin, permettant de clôturer le quart d’heure dû et d’attendre en retour la carte bleue du patient. Mieux, j’ai pu remplacer avant mon  installation dans un cabinet à fric où la passe séquence tension /ordonnance /feuille de soin se faisait en moins de 2 minutes : malgré tous mes efforts, je ne parvenais jamais à faire asseoir les patients formatés, arrivant la manche relevée et le chèque à la main, attendant que je leur prenne la tension debout. Vous ne me croyez pas, j’ai des noms !

 

2- Parlons plutôt de la prescription outrancière, puisque tel est le sujet du jour.

 

J’ai pratiqué mes confrères assidûment, et mes consœurs éperdument. Trouver un juste prescripteur est rare : parce que l’ordonnance qu’on prescrit avec les sous des autres, c’est comme une bagnole gratuite. J’imagine la scène, celle d’une représentante de la Sécu débarquant avec ses jambes interminables dans notre cabinet, nous proposant de choisir la voiture de notre choix dans la catalogue Auto Super Plus qu’elle nous tend : Prenez celle qui vous ferait plaisir ! Peu sont capables de dire : donnez-moi une Twingo, c’est plus qu’il me faut pour mes besoins. La plupart préfèrent l’option mutilante : les options rutilantes. Quitte à vouloir paraître, autant flamber pour de vrai !

 

Des fois, j’ai envie de courir derrière mes patients pour rattraper les ordonnances inutiles en leur disant : c’était pour de rire ! Prenons le simple exemple des consultations les plus bénignes, permettant sans difficultés d’extrapoler aux monstres ordonnances que nous savons proférer.

 

Quel besoin poussent certains patients à consulter pour des symptômes à deux balles ? Une belle partie de nos journées de travail sont embrouillées par ce que j’appelle des symptômes domestiques. Notre réponse m’apparaît trop médicale, à vouloir nommer des choses anomales, ce que nous justifions maladroitement par des ordonnances trop copieuses.

 

En répondant médicalement aux symptômes domestiques, non tirons la médecine générale vers le bas. Face au petit symptôme, nous devrions simplement discriminer ce qui est médical et donc de notre compétence et de celle du pharmacien, et ce qui est domestique et qui n’est pas du ressort de la meilleure médecine du monde. Notre rôle pourrait être d’écarter le risque de RAA, de maladie de Osler, de maladie bactérienne, de syndromes chirurgicaux, et laisser nos patients se débrouiller avec leurs bricoles à l’aide de simples conseils, de l’eau salée, du repos, de la diète, et au mieux par du paracétamol et du Spasfon. Qu’est ce que j’ai docteur ? Rassurez-vous, c’est un simple symptôme domestique, je ne peux rien pour vous, ce sera 22 plumes. En nous extasiant devant la bricole, d’autant plus si nous prescrivons des vraies molécules suractivées, nous lui donnons des lettres de noblesse qu’elle ne mérite pas, et nous favorisons l’appel d’air dans nos cabinets.

 

Sachons nous poser régulièrement cette question : Quelle part de nos prescriptions médicamenteuses est totalement justifiée, médicalement prouvée, après évaluation honnête de la balance risque bénéfice ? Pourquoi notre trop plein de zèle, si ce n’est pour nous rassurer nous-mêmes en nous déguisant en hommes en blanc ? Soyons réalistes : une part non négligeable de nos prescriptions ne sert qu’à contrebalancer la iatrogénie de l’ordonnance précédente. C’est quand même regrettable de revoir un gamin qui a vomi une fois le matin revenir l’après-midi avec un torticolis spasmodique suite à une prescription insensée de Primpéran.

 

Une large partie de nos prescriptions pourrait être remplacée par une réponse non médicamenteuse. C’est beaucoup plus long, mais c’est beaucoup plus bon. C’est surtout une possibilité de plaisir à ne pas bouder, à ne pas laisser qu’aux médecins à exercice particulier (MEP) qui en font leur carte de visite. Je nous propose, mieux que la journée sans médicaments, de prendre occasionnellement le temps de nous offrir une consultation grand luxe. C’est jouissif, et comme ce qui est jouissif, on aime à y revenir.

 

La tentation est grande, dans nos cabinets, de jouer au docteur avec la pathologie domestique : nous essayons trop souvent de donner des lettres de noblesse au genou tordu, au bouton sur le visage, au mal de ventre ou à la nausée, toutes ces bricoles qu’on aurait traitées par le plus nécessaire mépris dans nos milieux familiaux. T’as mal au museau, j’te fais un petit bec là-dessus et ça ira mieux. T’as bibi ici, j’te fais une petite caresse et on en reparle dans 3 jours. T’as mal à la tête, ça doit être un « maux de tête », va te reposer. Dans nos lieux d’exercice, on essaye même de nommer la chose pour justifier notre science ; pire on assortit notre délire d’une mauvaise ordonnance,  avec sa propre toxicité.

 

Le syndrome du  trop-prescrire semble typiquement français, triste preuve de nos œillères, de notre incompétence, de notre fermeture intellectuelle à d’autres prises en charge. La réponse médicamenteuse quasi systématique proposée au mal être me parait être la preuve du mal être médical, d’une frilosité intellectuelle, participant à spiraler la morosité. Médicamenter une plaintouillette, c’est lui donner une injuste valeur. Sur-médicamenter un patient, c’est le maintenir sous dépendance, c’est jouer d’une pseudo scientificité qui nous manque. Ecrire plus de dix médicaments sur une ordonnance, c’est marcher sur la tête.

 

C’est bien sûr, comme pour la bagnole, la marque de nos impuissances ressenties.

 

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Genèse.

Socrate, en avalant la ciguë qui le mourut tout cru, donna à son compère Criton cette réplique fameuse : « Il faut donner un Coq à Asclépios », ou encore « Nous devons un Coq à Esculape ». Me voilà donc, bravement recommandé par le vieux sage, endossant sa maïeutique et son ironie paradoxale, essayant de me connaître moi-même et ne sachant qu’une chose, c’est que je ne sais rien.