Mise en garde.
Qu’on ne s’y trompe pas. Même si un ton badin est utilisé, je traite dans ce blog de sujets difficiles : ceux de la médecine générale, c’est à dire tout ce qui touche à la réalité de l’humain. Comme le carabin s’empare du rire pour affronter l’insoutenable, je cherche la raison à travers la dérision ; j'utilise la caricature verbale pour tenter d'atteindre des territoires que le conformisme ne connaît pas. J'espère que mon impertinence deviendra pertinence.
Par atavisme gallinacé symbolique, je tiens au ramage et au plumage de ma prose. Pour tirer sur les certitudes établies, j’utilise mon arme favorite : l'ironie, parfois cynique, celle de la maïeutique socratique. Jamais méchante, elle suppose l’intelligence du lecteur.
En havrais moderne, ma délicieuse langue maternelle, le mot « porte » se phonétise approximativement par le son « peurte ». En pire ! Et plus on s’excentre vers les plateaux nord-est de la ville, plus on doit insister sur cette syllabe écœurante pour être compris, au risque de dégorger. Il n’est pas de journée où je n’entends cette réflexion des enfants que je reçois dans mon cabinet : « dis, maman, pourquoi il a deux peurtes, le deucteur ?»
Vous connaissez la réponse, vous qui me lisez, et qui savez qu’un médecin doit garder pour lui de la façon la plus obtuse ce qu’il entend, voit ou comprend, même si certains pontes des plus en vue, comme notre bon Dr Gubler, nous ont habitués à d’autres schémas ; mais il vrai que ce médecin pratiquait au royaume du show-biz, de la politique-spectacle et des paillettes, et qu’on ne peut pas comparer son dérapage avec ce qui se fait dans un petit cabinet de province.
A première réflexion, le secret est une denrée basique simple : il se doit d’être absolu, point à la ligne. Tout au plus envisage-t-on sur les bancs de la facultés ou dans les revues du Conseil de l’Ordre les dérogations légales, toujours assez simples sur le papier, beaucoup plus préoccupantes sur le terrain.
Ainsi, chaque signalement au Procureur de la République est incontestablement un acte des plus délicats, surtout dans la situation du médecin de famille, totalement immergé dans son quartier, vivant au contact intime d’une patientèle pendant parfois des dizaines d’années, ce qui crée, on l’imagine, des liens tout à fait spécifiques. La balance du tonton indélicat apparaît moins périlleuse au professionnel déconnecté de tout le réseau familial, amical et voisin; l’hospitalisation pour un motif astucieux de la nièce fraîchement engrossée permet parfois de botter en touche, et de laisser le confrère qu’on affectionne soudainement se charger de la sale besogne.
La théorie du secret médical est bien écrite, en lettres d’or sur le marbre le plus éternel. La réalité est pourtant parfois tout autre, et on ne peut éliminer d’un revers de manche le fait qu’on déroge parfois, oh, à peine, bien sûr, mais le sujet se doit d’être débattu…. Il nous arrive, qui peut me contredire, d’interpréter le bilan du mari « qui ne peut pas se déplacer » apporté par madame, il nous arrive de répondre à la maman désemparée un petit mot de réconfort sur la santé de sa fille majeure qui l’inquiète, il nous arrive de glisser à la future veuve que son mari est fort malade… Il nous arrive même de renseigner la cause du décès d’un malade à sa famille, ce qui devrait pouvoir nous mener au tribunal !
D’un côté donc, la déontologie officielle, idéaliste et kantienne, ligne de mire de notre bonne conduite. De l’autre, le conséquentalisme officieux, décrivant mieux la réalité de terrain. Philosophie allemande versus philosophie anglo-saxonne. La première affirme que l’action du médecin doit être menée en se conformant à certains devoirs. La seconde décrète que cette action doit être jugée en fonction de ses conséquences.
On le voit, la différence sémantique est de taille, même, si, pour l’essentiel, le résultat est similaire, avec un respect « quasi » absolu de cette indispensable valeur : il va de soi que le généraliste a le plus souvent la bouche bien cousue. A mi-chemin probablement du psychanalyste, bavard comme une porte de prison, qui n’entend que l’individu déconnecté de tout, et du médecin de structure, hospitalière par exemple, qui doit bien partager quelques données, avec les risques inhérents qui en découlent.
Tout ça reste très loin en tout cas de la déontologie du médecin des assurances, crapule d’entre les crapules. Pour preuve, quelle ne fût mon indignation de retrouver mon dossier médical sur le bureau de mon banquier, dossier qui avait pourtant été adressé sous pli cacheté dans une enveloppe spéciale « secret médical » au médecin bien évidement assermenté. Pour un banal emprunt, le financier commentait allègrement mes antécédents médicaux personnels, en me confirmant que « ça devrait passer »…
Effectivement, mon pognon est passé... à la banque d’à côté.
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Jak a dit :




