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81-
Payer la télévision à crédit.




Pour trouver ce blog, voilà ce que certains ont tapé dans un moteur de recherche :

 (retranscription rigoureuse de l'orthographe !)

 

  • J’ai coucher avec mon généraliste (moi aussi, tous les soirs !) 
  • Dresseuse (c'est pas là mais c'est pas loin !)
  • Pourquoi le clone porte il ce type de vétement
  • La tenu du médecin généraliste
  • Docteur miracle.s
  • Frite calvitie
  • Qui de l’œuf ou de la poule
  • Histoires sales
  • Médecin généraliste comment augmenter ses honoraires
  • Blame ordre médecin conséquence
  • Après la thèse du médecin il jure en disant quoi (putain, la quille !)
  • Palper les roubignoles
  • Mycose vaginale et infidélité
  • Epouse disponible (j'en parlerai à la mienne mais c'est pas gagné !)
  • Plumes perverses
  • Gardasil masturbation
  • Photo frottis vaginaux CHEZ LA FEMME
  • MA FEMME ANITA (elle est pas là, elle doit être restée chez toi !)
  • Vaccination bien-fait et mauvais
  • Amoureuse de son médecin
  • Regime passer du 42 au 38
  • Médecin toucher ma femme
  • Empapaouter
  • Est-ce qu’une vieille de plus de 65 ans peut se montrer nue ? (bah non, quand même !)
  • Cherche mariage médecin
  • Comment faire baiser les gamma gt (pour baiser la commission du permis de conduire ?)
    Faire peur à un coq
  • Retrouver sa virginité par une autre méthode que la chirurgie (la prière, y'a plus que ça !)
    FAUT-IL ETRE REGLEE POUR AVOIR GARDASIL  (nan, mais faut régler le docteur)
    Déchets humains
  • Rituel au passage d’un col (chaque fois que je pose un stérilet, je me prend une petite coupe de champagne !)
  • sottes
  • farfelue du cul
  • attirance patiente médecin
  • meilleur médecin généraliste
  • peut-on se détendre en vivant chaque jour le jour (!??)
  • medecine pour les oedum
  • l injection du vaccin gardasil fait elle male? (on ne peut pas vraiment dire ça !)
  • Médecin je ne croit pas en Dieu
  • Complication du metier medecin generaliste
  • Docteur pour le dot (un notaire ?)
  • Fluimucil non remboursé depuis quand
  • Assister à sa vie de vie
  • Les docteurs touche la chate des fille quand il sont malade (y'en a qui sont bien informés !)
  • Etat d’ame de dieu

 

 

 
Samedi 29 septembre 2007

Si je ne devais emporter qu’un outil médical sur une île (disons pas trop déserte et francophone… !), ce serait bien mon instrument linguistique : c’est que quelques questions et une bonne écoute font la très grande majorité de nos diagnostics. C’est de loin, avec l’observation, notre machine la plus performante pour exercer la médecine générale : une pneumonie franche lobaire aiguë se diagnostique presque mieux à l’interrogatoire qu’à l’auscultation ; une fissure anale et une thrombose hémorroïdaire se discriminent aussi bien à l’oral qu’à l’inspection. L’examen somatique indispensable et soigneux sert surtout à confirmer le diagnostic évoqué et à redresser les erreurs d’appréciation.

Dans les lieux où l’obstacle linguistique prédomine, il faut bien se contenter de l’examen clinique et habiller l’acte avec du superficiel pour le rendre efficace. J’apprécie particulièrement le Maroc, pour ses paysages et son hospitalité unique, où je ne voyage jamais sans mon stéthoscope : plus magique que véritablement utile -que faire d’un rétrécissement aortique trouvé chez un jeune berger berbère ?-, il me sert à passer outre l’obstacle de la langue dans les bleds reculés où je manque pas de délivrer quelques soins qui me sont fréquemment demandés. Possesseur du précieux sésame, mon acte est sublimé et je peux délivrer quelques conseils par interprète interposé.

Nous butons souvent en consultation sur des problèmes de traduction. À Paris, je sais que des consultations existent pour des patients asiatiques, les plus nombreux de nos touristes, mais en province et en libéral, on n’est jamais à l’abri d’un voyageur solitaire ou d’un travailleur émigré maniant mal la langue de Molière (ou parlant aussi mal que moi celle de Shakespeare) et arrivant sans prévenir. Pratiquant assez régulièrement le soin aux réfugiés politiques, je sais comme certaines consultations sont problématiques, en face de ces mutilés de la vie portant dans leur chair les stigmates de parcours infernaux.

Je n’ai pas trouvé la solution facile pour trouver immédiatement un interprète par téléphone quand un esquimau débarque seul dans mon cabinet du fond de sa banquise, malgré quelques entreprises spécialisées dans cette branche d’activité. Cette ineptie me paraît étonnante en 2007, avec la mondialisation que nous connaissons. J’imagine pourtant que ça ne doit être ni compliqué ni hors de prix pour un ministère de la santé, capable d’exploser son enveloppe budgétaire sans sourciller ; la dame qui occupe ce portefeuille actuellement serait bien inspirée de nous fournir un numéro direct pour pouvoir joindre sans délai un traducteur pour la majorité des langues, au prix d’un appel local.

Cela nous permettrait en outre d’introduire un professionnel extérieur et indépendant, parfois préférable à l’accompagnateur au long cours. Les femmes maghrébines, africaines, asiatiques ou turques qui consultent avec leur mari ou leurs enfants me procurent toujours un certain malaise, quand on sait l’intérêt du colloque singulier : les désirs de ces traducteurs trop proches peuvent se substituer à ceux de la patiente. J’ai ainsi suivi une femme soumise aux violences conjugales, ne parlant pas français, consultant avec son mari qui me traduisait les symptômes, avec le léger biais qu’on imagine ! Quelques expériences locales existent, comme celles de l’URML d’Alsace avec le concours de Migration Santé.

C’est lors de mon service militaire à Toulon que j’ai découvert une autre médecine que celle que je pratiquais chez moi, au pays de la crème fraîche et des coquilles Saint-Jacques. Pendant un an, j’ai eu l’occasion de soigner quelques méridionaux 100% huile d’olive, avec parfois l’impression de pratiquer des soins vétérinaires, puisque les mots ne sont pas tous à fait les mêmes au nord et au sud d’Aix en Provence pour décrire des réalités similaires. Il n’est pas rare en ces lieux gavés de soleil et de pastaga d’abuser des superlatifs, de sorte qu’une simple arrête piquée dans le bifteck s’annonce comme une sardine coincée dans le gosier : un miroir de Clar et une petite pince peuvent suffire là où on imaginait devoir faire intervenir le Samu. Simple niveau sémantique bien sûr, plutôt que véritable syndrome méditerranéen à la connotation colonialiste. Se placer au niveau du consultant est nécessaire mais pas toujours chose facile, demandant un long apprentissage et une nécessaire imprégnation culturelle.

En quelques semaines, il est aisé d'adopter les idiomes locaux, quitte à recopier dans un petit carnet les correspondances : une sardine égale une arrête, une sinusite définit un rhume, subir une grave intervention n’est que bénéficier d’une suture, l’arrêt cardiaque correspond à l’extrasystole, un malaise grave peut être une simple lipothymie, une épilepsie équivaut à l’attaque de panique, un cancer du col utérin signifie un ASCUS… Chez nous, une femme qui n’y voit pas depuis 4 mois présente le plus souvent une aménorrhée.

Mais acquérir le vécu social de son patient est plus complexe : chaque médecin sait bien qu’on ne soigne pas de la même façon un enseignant, un docker, un ultra religieux, un épicier arabe ou une infirmière libérale dans sa propre ville. Culturellement, les rapports à la santé sont multiples et nous devons bien les intégrer pour appliquer notre art. On doit bien admettre que les marabouts africains sont parfois moins empruntés que nous pour réparer certains symptômes sénégalais auxquels on ne comprend rien. C’est pressentir la difficulté d’exercer sous d’autres cultures, à moins de ne faire que de la médecine symptomatique d’inspiration hospitalière.

J’ai eu la chance de dîner avec un monsieur psychiatre diplômé fort bien placé sur l’échiquier des gens importants, ayant même écrit un ouvrage de sa spécialité, j’ai nommé l’urgence psychiatrique en milieu de catastrophe. Il était intervenu sur tous les meilleurs endroits de désastres qu’on voit au poste : Tsunami, tremblements de terre, prises d’otages, égorgements tribaux, règlements de compte en tous genres. Dans les trois jours qui suivent le documentaire sur TF1, il débarque avec son hélico pin-pon et sa petite équipe sur les lieux de désolation qu’on imagine, pour mettre à mal le syndrome subjectif des traumatisés.

A mon interrogation sur l’obstacle linguistique - parce que je n’imagine pas la psychiatrie sans utilisation du langage -, il me répondait que l’uniforme et le drapeau français cousu sur la manche faisaient 95 % du boulot : envoyons donc des RMIstes avec la panoplie qui va bien plutôt que des bac + 12 !

J’ai quand même retenu une information de cette soirée, je vous la livre en espérant que cela ne doive jamais vous servir, mais point besoin d'être médecin pour appliquer cette mesure : en cas de catastrophe infernale de ce type, donnez aux rescapés une tâche à effectuer sans relâche, comme balayer une pièce ou déplacer un tas de terre. Cette activité obsessionnelle sera plus rentable pour le sortir de son hébétement que d’attendre l’hélico de mon ami pin-pon. Viendra ensuite le temps des mots, avec un concitoyen capable de dire et d’entendre.

Pour mieux dégager la spécificité de la médecine générale, regardons donc du côté de la médecine humanitaire. Autant je pourrais, avec une remise à jour de mes connaissances, partir pour MSF pratiquer la médecine d’urgence, autant il m’apparaît comme mission impossible de pratique au sein d’une utopique MGSF. La médecine générale n’est pas que de la médecine : disons que c’est un peu plus, et que ce « un peu plus » est difficilement exportable. L’inné, le non dit, la gestuelle, les lapsus, la connaissance du milieu professionnel, des habitudes ne peuvent être complètement rapportées par le meilleur interprète, et ce sont pourtant nos meilleures portes d’accès.

par thierry lecoquierre publié dans : docteur-coq
 

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