La santé croque un max, suite.
On rigolera davantage dans les prochains articles, promis Marie, mais je reste persuadé que compte tenu de notre volume d’activité, les bouts de chandelles pourraient dégager de l’argent mieux placé. Place donc à un article des moins digestes.
Quand l’interrogatoire et la clinique ne suffisent pas à poser un diagnostic, le médecin doit prescrire des examens complémentaires. Quand les conseils et l’écoute ne suffisent pas, des médicaments peuvent être nécessaires.
Le bon Dr Lambda connaît-il mieux que le docteur Coq le coût de ses prescriptions ? J’ai bien peur que non. Pour les médicaments, il est assez simple de savoir sur le Vidal© informatique le coût d’une boite. Mais à moins d’un logiciel spécialisé et de beaucoup de rigueur permettant le comptage des boîtes, le total de l’ordonnance n’apparaît pas; plus difficile encore est de savoir quel sera la part prise en charge par la Sécu. Pour parfaire le tableau, un princeps converti en générique s’affiche au même prix : décourageant !
J’ai cherché des heures durant sur Internet des infos sur le prix de ce que nous prescrivons sans cesse. A part des dossiers effrayants de plusieurs centaines de pages sur Ameli, le site de la Sécu, je n’ai trouvé pas trouvé de synthèse courte et claire. Pas plus que je n’ai trouvé de données récentes sur les tarifs de radiodiagnostic.
Sans doute suis-je un mauvais sujet, mais je ne sais vraiment pas ce que coûtent 5 jours d’arrêt de travail, et dites-moi si inclure les week-ends change quelque chose aux indemnités journalières. J’àpeuprètise sur les prescriptions de biologie. Je patauge dans les frais d’imagerie. Je reste dans le flou pour les transports médicalisés. Pour la prise en charge du matos d’hospitalisation à domicile, les TIPS, je sèche. Je subodore que l’hospitalisation et les soins spécialisés font très mal au porte-monnaie. Je devine que la maigre obole consentie aux paramédicaux doit quand même peser dans la balance. Une seule certitude, chez moi, c’est tout à 22 euros.
Je m’effraie parfois du prix de certains médicaments, comme le Sutent 50 mg©, prescrit en milieu spécialisé dans le traitement du cancer de rein métastasé mais qu’on voit traîner sur les tables de nuit de nos patients, à 5773 euros la boite de 30 gélules, soit 200 plumes la gélule. C’est bien facile de critiquer les prescriptions des autres, mais moi, est-ce que je ne donne pas parfois de la confiture aux cochons ?
Je suis donc allé avec mon bloc papier et mon petit stylo faire du journalisme d’investigation auprès de quelques secrétariats amis. Que les non-médecins passent à pieds-joints par-dessus cet inventaire à la Prévert fastidieux ! Mais pour les autres, j’ai voulu faire oeuvre d’utilité publique en regroupant en une seule page quelques tarifs usuels.
Chez le radiologue qui irradie assez régulièrement mes tristes épaules, j’ai eu le plaisir d’y rencontrer après la fermeture ma secrétaire préférée, d’un physique des plus troublants puisque sculpture intermédiaire d’un morphing de deux femmes de mes passés amoureux, c’est dire…
Le Z a disparu, me dit celle dont ze tairai le prénom, on parle donc en zeuros : Zeuro est arrivé é é… La numérisation ajoute 8.10 euros aux clichés conventionnels.
- Radio pulmonaire : 25.92, genoux 2 incidences 48.60, rachis lombaire 63.18, ASP 24.30, cheville 4 incidences 35.64, épaule 4 incidences 43.74, crane ou sinus 3 incidences 42.12, rachis cervico-dorsal 90.72, bassin 3 incidences : 56.70.
- Echographies : abdomino-pelvienne 75.60, voies urinaires 56.70, thyroïde 37.80
- Echos grossesse (SA : semaines d’aménorrhée) : datation 35.65, 12 SA 48.35, 22 SA 81.92, 32 SA 73.99.
- Ostéodensitométrie 68.6.
- Mammographie 66.42, écho mammaire 41.58.
- Urographie Intra Veineuse : 103.68 + injection IV 9.6, transit du grêle : 145.80.
- IRM et scanner : cf commentaire, "...ainsi le coût moyen d'un scanner est de 104.64€ et le coût moyen d'une IRM est de 219.26€."
- Autres tarifs disponibles, m’envoyer une enveloppe timbrée…
Même travail chez le biologiste qui surveille mes sérums personnels de temps en temps. C’est un peu plus simple, puisque existe encore une lettre clé « B » à 0.27. Chaque dosage est assorti d’un coefficient, on ajoute B4 (1.08) pour les frais de dossier et 3.78 euros pour le prélèvement. Ainsi, un INR doit coûter 3.78 + B 20 + B 4 = 10.26 si j’ai bien suivi, mais un patient vient de m’annoncer 10.53 pour un GGT seul, non remboursable car dans le cadre d’un suivi judiciaire, ce qui ne correspond pas à mes calculs (8.91).
Avec un B5 (1.35), on a un cholestérol. Pour un B10 (2.27), une glycémie, un acide urique une VS ou une créatinine ; des Gamma GT pour B15 (4.05). Pas beaucoup plus chers : l’INR, le iono et les TGO pour B20 (5.40). A peine pire, la NFS à B25 (6.75). La CRP se négocie à B30 (8.10). Plus sérieux, l’exploration d’une anomalie lipidique à B45 (12.15), l’HbGly à B50 (13.5), la TSH et la ferritine à B55 (14.85), les PSA à B60 (16.20). Mieux, les sérologies telles que AgHBs, HCV, HIV et l’ECBU ou la dépakinémie à B70 (18.90). Plus rarement, on peut chercher dans le cadre d’une hémochromatose la mutation C282Y du gène HFE1 pour un B180 (48.6). Ces petites sommes feraient presque sourire si on oubliait qu’on demande très régulièrement une addition de ces paramètres, pour un montant moyen d’environ 30 euros (dites 6 milliards !).
Je vous proposerais volontiers une idée 100% casse couilles, celle de la rédaction d’un devis de soins à la fin de chaque consultation : médicaments + biologie + transport médicalisé + bilan radiologique + soins paramédicaux... Avec des bons logiciels et une rémunération adaptée pour ce travail, j’ai idée que cette mesure (complètement utopique vu la complexité de la tâche : une radio d’une incidence va se compléter chez le radiologue par d’autres incidences à la moindre anomalie!) serait rentable : à force de manier des chiffres, on commencerait à prendre conscience de ce qu’on dépense, si bien qu’à force on se régulerait.
Comme à force de faire mes courses au supermarché, je remplis mon panier en fonction de ce que je pourrai payer à la caisse, en laissant donc en rayons les pinards à 80 euros la bouteille qui sont sûrement meilleurs que ceux que je bois. La médecine ne peut pas échapper aux réalités économiques et j’y tiens, pour conserver la belle idée d’une solidarité et éviter le démantèlement de la Sécu, nous devons gérer nos actes au juste prix.
Evidemment, vous commencez à me connaître, je serais bien le premier à hurler si on nous imposait une telle mesure et descendrais dans la rue avec banderoles et slogans : « Docteur Coq, c’est du Toc ! » Mais comme dans l’isoloir du bureau de vote, je finirais par mettre mon bulletin en fonction de ce qui me paraît le mieux pour la société et non pour ce qui est le plus rentable à court terme pour mes petites affaires personnelles.
En tout cas, ce ne serait pas pour déplaire à nos patients sans mutuelle qui nous demandent de plus en plus d’informations sur le montant des soins prescrits.
PS : je corrigerai mes données au fur et à mesure, en fonction de vos apports, car tout ceci me paraît quand même bien obscur…




