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81-
Payer la télévision à crédit.




Pour trouver ce blog, voilà ce que certains ont tapé dans un moteur de recherche :

 (retranscription rigoureuse de l'orthographe !)

 

  • J’ai coucher avec mon généraliste (moi aussi, tous les soirs !) 
  • Dresseuse (c'est pas là mais c'est pas loin !)
  • Pourquoi le clone porte il ce type de vétement
  • La tenu du médecin généraliste
  • Docteur miracle.s
  • Frite calvitie
  • Qui de l’œuf ou de la poule
  • Histoires sales
  • Médecin généraliste comment augmenter ses honoraires
  • Blame ordre médecin conséquence
  • Après la thèse du médecin il jure en disant quoi (putain, la quille !)
  • Palper les roubignoles
  • Mycose vaginale et infidélité
  • Epouse disponible (j'en parlerai à la mienne mais c'est pas gagné !)
  • Plumes perverses
  • Gardasil masturbation
  • Photo frottis vaginaux CHEZ LA FEMME
  • MA FEMME ANITA (elle est pas là, elle doit être restée chez toi !)
  • Vaccination bien-fait et mauvais
  • Amoureuse de son médecin
  • Regime passer du 42 au 38
  • Médecin toucher ma femme
  • Empapaouter
  • Est-ce qu’une vieille de plus de 65 ans peut se montrer nue ? (bah non, quand même !)
  • Cherche mariage médecin
  • Comment faire baiser les gamma gt (pour baiser la commission du permis de conduire ?)
    Faire peur à un coq
  • Retrouver sa virginité par une autre méthode que la chirurgie (la prière, y'a plus que ça !)
    FAUT-IL ETRE REGLEE POUR AVOIR GARDASIL  (nan, mais faut régler le docteur)
    Déchets humains
  • Rituel au passage d’un col (chaque fois que je pose un stérilet, je me prend une petite coupe de champagne !)
  • sottes
  • farfelue du cul
  • attirance patiente médecin
  • meilleur médecin généraliste
  • peut-on se détendre en vivant chaque jour le jour (!??)
  • medecine pour les oedum
  • l injection du vaccin gardasil fait elle male? (on ne peut pas vraiment dire ça !)
  • Médecin je ne croit pas en Dieu
  • Complication du metier medecin generaliste
  • Docteur pour le dot (un notaire ?)
  • Fluimucil non remboursé depuis quand
  • Assister à sa vie de vie
  • Les docteurs touche la chate des fille quand il sont malade (y'en a qui sont bien informés !)
  • Etat d’ame de dieu

 

 

 
Samedi 5 avril 2008

Comme tout généraliste implanté localement, je prends en charge parfois jusqu’à 4 générations d’une même famille. J’ai même suivi quelques  familles sur 5 générations, mais chacune leur tour, les plus morts étant remplacés par leurs héritiers. Les nouveaux-nés que j’ai vaccinés à mes débuts copulent désormais allégrement. Les moins réfléchis se reproduisent même et m’amènent leur progéniture que je pèse sur le même pèse-bébé que celui que j’utilisais pour eux. Un bon outil indémodable et toujours fiable, suisse ou allemand sans aucun  doute, il faudra que je regarde. Comme  je me réclamais d’un imago paternel dans un autre papier, me voici donc grand-père symbolique pour  ces nouveaux braillards : la roue tourne !

 

Une (petite !) génération est passée donc depuis mon installation, il me faut bien me rendre à l’évidence. Même si, à me scruter tous les matins dans le miroir, je n’en crois rien : pas une once de vieux chez moi, et jusque dans mes activités privées, j’ai gardé ma fougue de jeune étalon.

 

Une (toute petite !) génération est passée, mais il faut bien admettre que la médecine a véritablement évolué en profondeur.

 

Dans les années 90, nous pratiquions encore et presque exclusivement  la médecine curative ; contrairement aux générations précédentes, nous commencions même à être vraiment efficients, bien que les choses aient encore évolué considérablement. Nos patients arrivaient avec un symptôme, nous faisions un diagnostic et nous prescrivions un traitement, de plus en plus efficace.

 

Nous faisions alors des horaires de généralistes, car les maladies arrivaient sans prévenir,  à toute heure du jour et de la nuit. A cette époque héroïque, on se battait corps et âme contre la peste bubonique, on brûlait les corps des grippés espagnols pour des raisons d’hygiène publique, on traquait les tabès, on soulageait la gravelle, on mettait en quarantaine écrouelles et autres phtisies, on triait les scorbuts avariés des scorbuts récupérables, on saignait les insuffisants cardiaques, on hystérectomisait à tour de bras les quadragénaires fibromateuses qui n’avaient plus besoin de leur organe puisque déjà mères, on arrachait les dents gâtées sur les marchés au roulement du tambour, on utilisait la même seringue et son aiguille émoussée pour baptiser les sires conscrits (celle là, elle n’est pas pour tout le monde, je reconnais, mais je me la laisse quand même dans  l’éventualité où je me relirais un jour, j’adore l’approximatif), on soignait les infarctus à la mode du petit docteur, j’avais même inventé la potion d'huile de croton du Dr Coq qui requinquait les plus crevards et avait son petit succès en cas de malaise vaporeux.

 

De nos jours, la plus grande partie de notre job consiste à prévenir, ce qui entraîne l’avantage indéniable de nous permettre de travailler sur rendez-vous avec des horaires de fonctionnaires. Comme avec la féminisation du métier, c’est une véritable transformation en profondeur de notre pratique. Toutes nos formations professionnelles sont axées sur le dépistage précoce et la prévention (le thème récurrent de formation est bien la prévention de l’aggravation du trou de la Sécu, à défaut de savoir le guérir), mais jamais sur le diagnostic, qu’on sent sur le déclin, puisque se faisant le plus souvent au laboratoire ou chez le radiologue. J’ai vacciné des milliers de gosses contre la rougeole mais je n’ai dû en diagnostiquer que moins d’une dizaine au cours de mon exercice libéral, et parce que je prenais mes vacances en Lozère, dans des communautés adeptes de la libre circulation de organismes viraux non génétiquement modifiés.

 

J’ai idée que nous voyons moins qu’avant de grandes crises d’asthme, d’accidents vasculaires massifs, d’acidocétoses diabétiques graves, de perforations d’ulcères ou d’hémorragies digestives cataclysmiques. Les « tableaux historiques »  qu’on aimait tant tendent à disparaître. Les kystes ovariens de la taille d’un ballon de foot se font plus rares. Nos patients semblent mieux protégés par des traitements préventifs de plus en plus efficaces.

 

Nous prescrivons maintenant des médicaments avant l’apparition du moindre trouble du patient. L’imagerie de plus en plus pointue demandée à tire-larigot nous fait connaître des lésions avec lesquelles nous vivions habituellement en bonne harmonie avant de mourir en notre temps. Les explorations systématiques récentes débouchent sur des cascades de conséquences. Une échographie demandée à la place d’un examen clinique bâclé peut révéler un truc pas net qui nécessitera une IRM. Qui révélera un kyste du foie mais aussi une anomalie pyélo-calicielle que l’écho n’avait pas vue. D’où nouvelles investigations…. Un des rôles majeurs de la médecine générale est bien de savoir dire stop à la folie du toujours plus.  

 

Nous arrive à grand pas le séquençage ADN qui n’a pas fini de nous encombrer le futur. Je serais par exemple ravi de me connaître HLA B27 ! On en sait déjà pas mal sur notre avenir médical en regardant nos créateurs. Pour moi, par exemple, je sais exactement comment je vais me déglinguer : les coronaires, vous dis-je, sans doute déjà à moitié mitées malgré mes deux verres de vin quotidien en guise de prévention, afin de bénéficier du paradoxe français.

 

Si je tombais entre les mains de la milice médicale du 3ème millénaire, je sais bien ce qui me pendrait au bout du nez : « ils » me choperaient à 3 ou 4, doseraient mes lipides et ma glycémie,  surveilleraient ma tension artérielle jour et nuit, évalueraient ma fonction rénale, enregistreraient l’activité électrique de mon cœur, se passionneraient sur la forme de mon QRS, se réjouiraient de mon PR, insisteraient pour une échographie du coeur, un holter tensionnel, une épreuve d’effort, une scintigraphie myocardique, un doppler artériel des troncs supra aortiques, des artères rénales et des membres inférieurs, me mettraient au régime draconien, m’interdiraient ma petite clope des soirs de vacances, me demanderaient de manger crétois, me feraient un cours sur les graisses animales et les graisses végétales, me diraient de bouger mon corps, de ne lutiner que ma régulière et en position du missionnaire, et me prescriraient une liste des médicaments à avaler à la place du fromage.


 

Au minimum, vu mon cas supposé, je m’en tirerais pour 4 ou 5 produits actifs, auxquels ils ajouteraient aussi un régulateur d’acidité à 30 euros la boite pour protéger mon estomac de la toxicité de leurs médocs, moi qui boit du Médoc sans le moindre refus ni sans le moindre reflux.

 

Bref, d’un homo sapiens, je deviendrais un homo medicus, susceptible des pires ennuis en période de sevrage imposé, si par exemple j’oubliais une boite de bêta bloquant en vacances.

Je rédigerai plus tard un papier sur les gros traitements de nos patients, mais il parait évident que la mode libérale va vers des préventions multiples qui vont alourdir le coût des ordonnances et les interactions médicamenteuses. On nous dira que tel médicament sans effet secondaire notable sauve une vie et évite trois accidents médicaux graves pour 100 patients année. En l’associant à tel autre, on double l’efficacité et avec un troisième, on fait des miracles. Chacun voudra sa part du gâteau, d’autant plus si les firmes agitent les chiffons de la peur irraisonnée comme elles savent si bien faire. Comment docteur, vous ne prescrivez pas ce médicament à toutes vos patientes de 65 ans, alors qu’il est prouvé que si toutes étaient traitées en France, 10000 nouveaux nés supplémentaires conserveraient leur grand-mère jusqu’à 85 ans minimum ? Mais vous savez, pourtant, que  c’est important les grands-mères !

 

Se posent déjà des limites (au moins économiques) du tout préventif. C’est un problème qu’on appréhende facilement lorsqu’on dispense des conseils au voyageur, qui voudrait bien être vacciné pour tout. « Faites moi la totale, docteur, que je sois tranquille, et prescrivez-moi les meilleurs traitement préventifs pour éviter toutes les pathologies tropicales. » Dès qu’on annonce la douloureuse, qui n’est pas prise en charge par la Sécu, les ardeurs se refrènent et nos gens retrouvent la raison.

 

Mais dès lors que la prévention est prise en charge par l’assurance maladie, rien n’est trop beau pour nos patients rêvant d’immortalité. Toutes gens d'ailleurs aussi médiocres que moi, qu'on oubliera bien vite !

 

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