Le récent Aimé Césaire débutait son fameux « Discours sur le colonialisme » en 1989 par ces mots devenus cultes : "Une civilisation qui s'avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente". Thèse, antithèse, synthèse : vous avez quatre heures pour me rendre votre copie ! Allez, je tire le premier….
La France, pays de l’invention du droit
d’ingérence et de la plus belle médecine, est aussi le pays où l’accumulation des déchets humains pose des problèmes insolubles : ça coûte cher et c’est fort laid. On ne
peut même plus se promener sur les quais du canal saint Martin !
Le déchet humain est sous ma plume acerbe une entité des plus faciles à imaginer. Il évoque en vrac : anciens prématurés récupérés par la médecine de pointe puis jetés dans des centres fermés, produits grabataires, psychotiques et autres autistes chimiquement camisolés, déments agités, grands vieillards non étanches, exclus sociaux, toxiques toxicomanes, alcooliques ou pervers, tristes mélancoliques, en tout état de cause la vraie plaie purulente de la société qui va bien. Bref, des pustules qui maculent !
Là où la canicule ne fût qu’une demi-mesure de propreté, pratiquons l’exportation choisie : gardons notre Johnny Hallyday national et proposons nos déchets aux petites sœurs de Calcutta dont c’est la spécialité. Avec un billet de 100 par an, elles feront des miracles quand nous ne pouvons plus rien pour eux avec un billet de 1000 par jour en France. Faisons confiance à des associations responsables comme « l’Arche de Zoé » pour pratiquer le commerce dont un beau pays moderne comme le nôtre a besoin. Importons de la matière grise et des petits nenfants, exportons nos surplus d’humains déficients trop coûteux. Confirmons par les actes que Kärcher et charter sont bien les nouvelles mamelles de la France.
Délocalisons nos maisons de retraite et nos hôpitaux psychiatriques. Fermons nos ateliers protégés et envoyons nos handicapés en Asie, qui sait utiliser la main d’œuvre à bas coût pour des petits travaux. Plaçons nos alcooliques dans les pays de l’Est où la vodka coule à flot : ils s’intégreront facilement à la population locale.
Plus sérieusement (?), implorons l’ingérence des pays qu’on qualifie d’émergents, c’est à dire futur clients du tout-libéralisme. L’ingérence, médiatisée par le Kouchner de la belle époque, est un produit dérivé de la chrétienté, succédant aux croisades et s’appliquant toujours dans une direction Nord > Sud. Il aura fallu attendre 1955 et « Triste tropique » pour entendre Claude Lévi-Strauss proposer une rupture entre colonialisme et ethnologie : il devient alors possible d’observer les petits nègres sans leur vendre la bible. Nous entendrons parler de cette oeuvre majeure cette année, qui est celle de son centenaire et de la parution de ses écrits à la Pléiade.
Quand j’observe ce qui se fait chez nous et que je voyage dans des pays moins « avancés », je m’étonne que des Kouchner africains ou des Bernard-Henri Lévy asiatiques ne viennent mettre le nez dans nos sales affaires. La France mérite vraiment d’être montrée du doigt par les pays qui accompagnent leurs anciens et intègrent ceux qui ont leur araignée dans le plafond sans les enfermer derrière des hauts murs. La France pourrait être critiquée pour son budget médical faramineux et toujours insuffisant, dont les simples abus et gâchis pourraient transformer le paysage médical de n’importe quel pays sous-médicalisé.
J’attends avec impatience qu’un sage sénégalais vienne nous apprendre le respect des aînés. J’attends qu’un cousin du Maghreb nous enseigne l’hospitalité. J’attends que n’importe quel pharmacien de n’importe quel pays moins précieux nous explique tout ce qu’on pourrait faire avec le contenu nos poubelles médicales. J’attends que des Chinois nous apprennent à mieux respirer pour abandonner nos boites de Temesta©. J’attends que des Thaïs bien intentionnés nous montrent l’intérêt du massage pour calmer nos douleurs usuelles, qu’on traite sans sourciller par des antalgiques puissants mais inefficaces.
J’attends ce moment nécessaire où la société française devra bien perdre un peu de sa superbe pour aller mieux.



