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le Top 111
Requêtes d’internautes tapées sous Google pour arriver chez Dr Coq :
les gagnants.
L’été, période des transhumances, est pour nous généralistes marqué par certaines sollicitations médicales, celles des autochtonisés vivant en Hexagonie depuis des générations, pour le compte de leurs familles restées au pays. C’est toujours en fin de consultation -tel le senior de souche rosissant, nous expliquant sa petite affaire en berne- que les choses se posent sur le bureau.
Ø Ma tante, elle a le cancer du sein, le spécialiste lui a prescrit du Nolvadex, mais c’est trop cher pour elle. Tu pourrais me faire une ordonnance ?
Ø Mon frère, au pays, il a un ulcère à l’estomac, tu peux le guérir ?
Ø Mon père, il va falloir l’opérer, ce serait mieux en France parce que c’est mieux et c’est gratuit.
Ø Docteur, vous pourriez me prescrire quelques médicaments pour la migraine et la diarrhée et le mal de ventre et les jambes ? et la fièvre aussi.
Mayday ! Can you help me ? Tu peux mayday ? Pouvez-vous m’aider ?
Vue de l’extérieur, la France apparaît d’une opulence médicale inépuisable. Heureusement, beaucoup ignorent que je vois traîner sur les tables de nuit de mes patients des boites de médocs à 6000 euros les 30, j’ai bien dit 200 plumes la pastille quotidienne, améliorant sans doute quelque peu le pronostic du cancer du rein métastasé : j’ai dit le sunitinib, ou Sutent®. Nos poubelles dégueulent de médicaments non périmés, juste non pris parce que c’est comme ça, j’avions plus envie de les prendre. On comprend l’africain francophone qui espère les miettes.
N’importe quel assujetti social peut passer devant le cabinet de son toubib et avoir une subite envie de se faire tâter la glande. On peut même revenir le lendemain se faire palper l’organe ou tripoter les hémorroïdes : c’est gratos et on n’est jamais trop prudent ! On va consulter comme on se gratte l’entresol le matin, en baillant et parce que ça soulage un peu. Le généraliste, il nous guérira tout ça vite fait, qu’on ne se rappellera plus deux mois plus tard pour quel motif on avait consulté : je vous le promets, je vois des amnésiques à longueur de journée, car rien n’est meilleur dans notre vallée de larmes que d’oublier le nocif. On est parfois malade sans même s’en apercevoir, tellement la réponse médicale est immédiate. Tant mieux !
Tandis que là-bas, un ulcère gastrique, ça fait du profit…
Les demandes de ces familles écartelées sont extrêmement touchantes, il faudrait être une sacrée enflure pour ne pas en être ému. Les parents du bled, pour ces gens-là, c’est un peu de leur chair, c’est beaucoup de leur âme. Dès que nous les côtoyons comme des généralistes pouvons le faire, nous devenons vite confidents de leurs angoisses de dislocation familiale (ou dyslocalisation ?), nous savons par eux qu’elle va mourir la mama, nous assistons aux départs précipités à la moindre inquiétude ou fausse alerte malgré les incapacités financières, nous recueillons au retour l’émotion du fils parti se recueillir sur la tombe du père qui s’est éteint sans lui… Les culpabilités sont maxima quand survient un décès au pays pour ces gens qui ont tenté de s’intégrer ici.
Et le Dr Coq, qui est si bon, si gentil, il va le faire venir en France et le faire opérer, le petit cousin aveugle, c’est certain. Allo Docteur Coq…
Ces suppliques sont fort embarrassantes pour ces médecins que nous aimerions être, lorsque nous savons qui rien n’est à priori impossible en France. Face au moribond centenaire poly métastasé, on peut toujours dégoter un furieux qui s’excitera médicalement sur son cas. Le Dr Coq, disais-je, si plein d’humanité, élevé au jus du Kouchner des belles années –celui-là qui nous faisait rêver dans nos années de jeunes médecins, ouvrant des possibilités excitantes à nos fougues humanistes-, il doit faire des jolies phrases pour dire qu’il peut pas, qu’elle sera aussi bien soignée sur place… Au pire, si la demande ne se dégonfle pas, il donnera quelques adresses, le fieffé fourbe.
Cette semaine, c’est de Géorgie que sonne l’appel à l’aide. La sœur d’une réfugiée, bénéficiant d’un emploi chez des proches, aimerait que le bon Dr Coq aille la chercher d’urgence sous les bombes, elle s’est pris un éclat de missile et sa jambe est arrachée. En France, ce n’est pas grand-chose, une jambe à recoudre, et là bas, vous comprenez, c’est compliqué. Et elle est gentille, ma sœur, si vous saviez… elle me manque tellement ! Je comprends.
Ces cas ne sont ni rares ni isolés, touchant sans aucun doute tous les généralistes de notre beau pays, ceux-là qui sont au contact proche de toutes les détresses, faciles donc à solliciter. En France et pour nos patients, nous avons toujours une réponse possible, c’est notre job. Pour ces cas désespérés, mes pirouettes sophistiques ne me font pas rire : nous ne choisissons pas d’être médecin par hasard, ayant dans le sang le goût de l’altruisme et de l’efficacité.
J’ai pris l’habitude de ne jamais faire supporter à la collectivité et à la Dame Sécu les discrètes largesses que je m’emploie à déployer pour répondre à minima à ces appels au secours. Je récolte pendant l’année quelques boites d’échantillons qui peuvent permettre un semblant de compassion. Et le peu que je peux donner, choisi parmi les produits les moins toxiques, paraissent souvent dans ces pays comme des dons exceptionnels. J’ai ainsi fait parvenir aux très vieux parents d’une amie proche quelques tubes de topiques anti-inflammatoires, des remontants bénins, du magnésium, du fer, quelques flacons de salbutamol. Pendant des années, j’ai entendu que mes rustines avaient un effet hors du commun sur la jambe de bois de cet homme presque centenaire, qui attendait chaque année mes produits magiques, mais qui finit néanmoins à s’éteindre : on n’en m’en voulut point ! Au pays, je rencontrais plus tard sa vieille veuve, ne tarissant pas d’éloges sur mes qualités doctorantes et sur mes thérapeutiques éprouvées.
J’ai bien conscience du risque de déverser des produits pharmaceutiques en vrac et sans régulation locale : création de marchés parallèles, iatrogénie, inadéquation, création de résistances… Je m’efforce au mieux de savoir pour qui sera le médicament donné, et j’insiste lourdement sur les bonnes façons de l’utiliser.
Pour terminer, j’ose à peine le dire, tellement j’ai trouvé la réponse disproportionnée et étonnamment embarrassante, mais que je connais comme naturelle : le jeune maghrébin à qui j’avais offert pour sa mère eczémateuse un petit tube de dermo-corticoïde est revenu dès son retour pour me remercier.
Avec une paire de babouches, pour le petit moi-même !
Dick Annegarn
Jean Anouilh
Hannah Arendt
Yann Arthus Bertrand
Paul-Laurent Assoun
Neil Armstrong
Richard Bach
Daniel Balavoine
Michael Balint
Christian Barnard
Simone de Beauvoir
Jean-Paul Belmondo
Etienne de la Boétie
Alphonse Boudard
Patrick Boulnois
Pierre Bourdieu
Georges Brassens
Yoland Bresson
Annabel Buffet
Albert Camus
François Cavanna
Clémentine Célarié
Louis-Ferdinand Céline
Miguel de Cervantes
Albert Cohen
Coluche
Hugues de Courson
Béatrice Dalle
Frédéric Dard
Pippo Delbono
Eric Dupond-Moretti
Epicure
Caroline Fourest
Sigmund Freud
Serge Gainsbourg
Jacques Gaillot
Jean-Jacques Goldman
Dexter Gordon
Icare
Philippe Jeammet
Henri Laborit
Gustave Le Bon
Jack-Alain Léger
Claude Lellouch
David Lodge
André Lorulot
Vladimir Nabokov
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Taslima Nasreen
Friedrich Nietzsche
Anaïs Nin
Claude Nougaro
Ruwen Ogien
Michel Onfray
Pandore
Giovanni Battista Pergolesi
Michel Petrucciani
Jean-Marie Piemme
Pink Floyd
Raymond Queneau
H.A. Rey
Bettina Rheims
Frère Roger
Marcel Rufo
Shéhérazade
Paul Smaïl
John
Steinbeck
Frédéric Taddéi
Philippe Val
Raoul Vaneigem
Antonio Vivaldi
Leonardo da Vinci
Marguerite Yourcenar
(vitrine en cours)
Socrate, en avalant la ciguë qui le mourut tout cru, donna à son compère Criton cette réplique fameuse : « Il faut donner un Coq à Asclépios », ou encore « Nous devons un Coq à Esculape ». Me voilà donc, bravement recommandé par le vieux sage, endossant sa maïeutique et son ironie paradoxale, essayant de me connaître moi-même et ne sachant qu’une chose, c’est que je ne sais rien.
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