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le Top 111
Requêtes d’internautes tapées sous Google pour arriver chez Dr Coq :
les gagnants.
Y’a pas, c’est qu’on s’y attache, à ces petites bêtes-là : quand nos patients désertent, nous nous posons immanquablement quelques cruelles questions. Certains médecins sont même fort malheureux quand un patient de 20 ans qu’il croise change ostensiblement de trottoir en détournant la tête.
Imaginez que, comme cette semaine, Jak disparaisse à la fois de mon ère, de mon aire et de mon air. Pépère se fait la paire, que faire ? Pfuifft, passé à la concurrence, chez une femme bien sûr. Parti avec sac et crayons chez Jaddo, si douée, si jeune, à la prose délicieuse, elle qui affole les compteurs. Ou chez La Peste, celle qui sent bon le sexe, au prose délictueux. Ou chez Marie, mon poussin aux yeux bleus-ouverts. Ou chez la môme Anne-Laure chez qui rien n’est à jeter. Ou chez Mamzelle Allo qu’il aiderait à faire son coming back. Ou chez Armellegc, plus rare et donc plus chère. Ou même chez Orage, que j’avais un peu charrié et qui gronde désormais sous d’autres cieux. Ou chez la pire, dont je n’ose même pas citer le nom, l’autre infirmière psychiatreuse, cinglissime et contagieuse, celle qu’il vaut mieux ne pas côtoyer au risque de choper la vache folle ou la tremblante. Ou encore, une de ces petites sottes gourmandes sans états d’âmes qui viennent faire les belles en loucedé sur mon blog pour tenter de me piquer mon illustrateur privé : j’ai dit Doclili, Mon’, Margaulem, la Plume, Cocotte alias Bloguicéphale, Fossette, Flo, Adeline, Cerise Violette, Framb, Houel, Titinesf, Sylvie, Isabelle, Dany, Jenny la Martienne, Laurence, Zoe, Josette, Lucile-Lucide, Rose Pétale, Roselyne, Adeline, Christie, et toutes les autres tout autant pernicieuses que je me dépêche d’oublier…
Bref j’ai peur que Mon-Jak-à-Moi® me fausse compagnie et se défausse avec ces mots gênés : Cher Coq, ton blogounet est bien mignon mais manque un peu de retombées. Je suis professionnel, moi, et j’ai besoin de croûter… Dans cette éventualité funeste, j’vous l’dis tout de go : J’arrête d’écrire ! J’ai besoin de carburant, de rigogoler et d’être aimé. Le plaisir solitaire ne me suffit plus une fois que j’ai découvert le titillage réciproque et le travail de fine équipe. Sachez-le bien, je ne vis que dans un seul dessein : l’attente dominicale du dessin de mon fol crayonneur.
Sorry pour les retro-liens en boucle, je ne vous envoie plus à la concurrence, faut que je fasse du chiffre si je veux retrouver mon dessinateur. Fin de la parenthèse.
Revenons à nos clientèles. Les raisons ne manquent pas pour qu’un patient disparaisse de notre file active. Voyons un peu.
Nous ne parlerons pas des patients de passage, des occasionnels, des expatriés mobiles, de ceux qui n’aiment pas notre façon de travailler, qui ne supportent pas notre tête ou celle de la secrétaire, qui sont contrariés d’attendre si peu dans nos salles d’attentes, qui nous trouvent trop ci ou pas assez ça, de ceux qui passent à l’associé mais qui restent au cabinet, de cette frange de population incompressible qui a intégré le zapping ambiant comme mode de vie. Nous ne parlerons que des patients avec qui nous avons écrit une histoire, qui nous ont ouvert leur intimité ou qui engrangent les points fidélités sur une période décennale.
Nature oblige, certains patients nous tirent leur révérence en fermant leur parapluie. Cessation définitive d’activité. Soyons triviaux, pour faire grincer quelques dents : le trépas d’un fidèle nous prive d’une copieuse source de revenus. A deux visites par semaine pour un patient en fin de parcours, ce peuvent être 3000 euros annuels (merci les soins palliatifs !) qui s’évaporent brutalement ! Restons humains, plutôt : nos logiciels médicaux, simples bases de données, permettent facilement de classer les patients et de retrouver d’un simple clic de souris la liste interminable de tous ceux que nous avons assistés et qui ont passé l’arme à gauche. Après quelques années d’exercice, le répertoire flanque le vertige, pire encore que les listes de tués sur les monuments aux morts de nos petits villages. Exercice des plus troublants, nous renvoyant immédiatement à tant d’histoires singulières.
Parfois, à l’occasion d’un deuil, c’est toute une famille qui passe à la concurrence, ne supportant plus son médecin désigné comme bouc émissaire : gestion logique des culpabilités, qu’il faut savoir accepter pour ne pas en souffrir plus que de raison.
Les déménagements et autres divorces fabriquent des absents à ne plus savoir qu’en faire. Mais nos fichiers encore sont là pour nous rappeler nos disparus : en ouvrant la fiche de M. Michou, la fiche de Mme Michu nous fait de l’œil. Tiens, Mme Michu, qu’est-ce qu’elle devient ? Un petit clic rapide nous renseigne : Pas vue depuis 5 ans ! Ça alors, 5 ans déjà ! Ces patients reviennent parfois à l’occasion d’un séjour, entraînant des consultations toujours particulières.
Plus intéressants à observer sont les fins de cycles de soins. Les exemples ne manquent pas :
N’oublions pas les desiderata des patients non contentés : nous savons bien qu’il existe fréquemment un gouffre entre la demande de soin du patient et la réponse du médecin. Qu’à la fin, la confiance casse et le patient se casse, ce qui semble logique. Mention spéciale à Sylvie, que j’ai recroisée récemment, qui n'avait pas supporté que j’ignorasse et que je méconnusse ce qu’était un peeling, au sortir de mes années de faculté. Frais émoulu, que j’étais. La dermato, à l’époque, c’était pour moi la séquence « macule papule vésicule pustule », le syndrome de Lyell et le psoriasis en branche. Depuis, rassurez-vous, j’ai lu la presse féminine, indispensable pour qui veut pratiquer notre beau métier. (Vous voyez où j’en suis arrivé, à tendre des grosses ficelles pour attraper Jak … !)
Ce qui nous taraude quand le patient déguerpit reste bien la crainte de l’erreur de diagnostic, celle qu’on ne connaîtra jamais et qui fait notre réputation en ville. On apprend parfois par la rumeur quelques-unes de nos innombrables bévues : une tuberculose ou une gale diagnostiquée trop tard, un cancer non dépisté… On en apprend des belles sur les confrères du quartier, qui doivent entendre des sons de cloches comparables concernant notre vil exercice ! Inévitable, bien sûr, d’autant que certaines situations sont montées en épingle ou transformées, mais inconfortable puisqu’il n’est pas possible de s’expliquer. Certains patients sont venus me dire qu’ils ne me faisaient plus confiance après un retard de diagnostic : c’était difficile pour eux, mais aussi pour moi, qu’ils en soient remerciés.
Plus gai, et c’est un des rares plaisirs qui nous restent, je pratique parfois l’éjection jouissive d’un sale con : j’ai des souvenirs d’expulsions tonitruantes. Vous en voulez ? En voilà. Un malpatient de la race des délinquants relationnels, siffleur obsessionnel chronique, horripilant sous sa moustache pétainiste, ne pouvait me consulter sans me déblatérer du fiel. J’étais jeune et déjà impétueux, et quand il a commencé à négocier le prix d’une consultation effectuée en bonne et due forme, 85 francs à l’époque si mes souvenirs sont intacts, j’avais déchiré son chèque et je me te l’avais viré comme le malpropre qu’il était, en lui demandant de ne plus jamais mettre ses pieds puants ici. Minable d’entre les minables, il s’était avachi, c’est dire sa vilenie, me promettant de devenir respectable, négociant avec la secrétaire, me couvrant brusquement d’éloges !
Grand progrès dans la gestion de nos disparaissants, chaque mois nous arrive par courrier des caisses les flux et reflux d’inscrits sur nos listes de médecins traitants. Nouveaux arrivés, récemment partis, tout, nous savons tout. Nous sommes cocus et le savons désormais en temps réel. Finalement, ne pas savoir immédiatement était assez confortable.
Ces quelques observations simples doivent nous permettre de nous interroger sur le corollaire : Comment fonctionnons-nous pour éviter la séparation, parfois douloureuse ? Comment prenons-nous en charge nos patients préférés, ces patients indispensables à notre équilibre libidinal ?
V’là mon questionnement. J’avions point de réponse pour aujourd’hui.
Dick Annegarn
Jean Anouilh
Hannah Arendt
Yann Arthus Bertrand
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Richard Bach
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John
Steinbeck
Frédéric Taddéi
Philippe Val
Raoul Vaneigem
Antonio Vivaldi
Leonardo da Vinci
Marguerite Yourcenar
(vitrine en cours)
Socrate, en avalant la ciguë qui le mourut tout cru, donna à son compère Criton cette réplique fameuse : « Il faut donner un Coq à Asclépios », ou encore « Nous devons un Coq à Esculape ». Me voilà donc, bravement recommandé par le vieux sage, endossant sa maïeutique et son ironie paradoxale, essayant de me connaître moi-même et ne sachant qu’une chose, c’est que je ne sais rien.
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