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le Top 111
Requêtes d’internautes tapées sous Google pour arriver chez Dr Coq :
les gagnants.
Que ceux qui ont déjà goûté à la dépression lèvent le doigt. J’entends ici la pure, la profonde dépression, celle dont un des signes cardinaux reste l’anhédonie, incompréhensible aux biens portants. Les premiers pourront confirmer aux seconds que le vrai dépressif ne désire plus rien : ni la bouffe, ni le cul, ni l’avenir, ni les autres, ni la musique. Il se voit sous-merde, voire moins encore. Le dépressif ne désire même plus désirer. Ou plutôt, le vrai dépressif ne désire bien qu’une chose : mourir. Disparaître. Ne plus être. N’avoir jamais existé.
Observons quelques gaillards en fin de parcours, de ceux qui vont déposer le bilan. Il en est de deux sortes, encadrant toute une palette intermédiaire :
Ø Celui qui se laisse filer, qui se ferme, qui s’éteint, qui s’évapore tristement, qui se désintéresse, qui communique moins. Appelons-le Calimero.
Ø Et celui qui se débat, qui trépigne, qui tente de se raccrocher aux branches, qui ne veut pas, mais pas du tout mourir. Mais qui va. Puisque le tapis roulant sur lequel il gigote de façon ridicule et qui va le propulser irrémédiablement dans le néant ne s’arrête jamais. Appelons-le Zébulon.
Entre ces deux patients qui seront mort dans quelques semaines, une simple histoire de neurotransmetteur ? Va savoir. En tout état de cause, c’est une question qui s’impose à moi cette semaine, au chevet d’un mourant, et que vous pourriez m’aider à penser.
Voilà comment se passent les choses lors de la dernière ligne droite pour un généraliste. De façon très habituelle, quasiment obligée sur une fin de vie, la famille et l’équipe de soins nous sollicitent car le patient se déprime, ne va pas comme il devrait aller avec tout ce qu’ils font pour lui. Docteur, au secours, Pépère ne rigole plus, s’entriste, mange moins. Or nous savons comme la dépression ou les troubles de l’humeur sont contagieux et anxiogènes pour l’entourage, beaucoup plus que la grippe saisonnière sachez-le. Docteur, faudrait lui prescrire du moral pour sa fin de vie, on ne voudrait pas vous obliger mais le mieux serait un antidépresseur. Qu’il meure avec le sourire ! Qu’il ait envie de danser jusqu’au feu d’artifice d’une mort réussie. Nous voulons conserver l’image d’un Pépère mutin et facétieux, pinçant jusqu’à la fin les fesses des infirmières, qui laissera augurer un cadavre satisfait, à la mode d’un Père Dupanloup dans son cercueil (patient que Jak avait brillamment illustré ici)
Bah moi, ça me fait bizarre. C’est vrai que la société nous intime de plus en plus de traiter chaque plainte par un pansement. On adore repeindre par dessus la rouille, ce qui donne tout de suite un petit air pimpant. Alors, le réflexe anti-dépression qui nous pend au bout du nez, c’est naturellement l’antidépresseur.
J’ai croisé sur un plateau TV le gars Tixier, auteur (avec sa négresse-éditrice Anne Lamy) d’un « Eloge de la déprime », bouquin au titre racoleur, comme tous ceux permettant de faire fructifier chaque créneau porteur. Dans la série « Eloge », Erasme avait titré le premier avec son "Eloge de la folie" paru en 1509. Rien qu’en levant furtivement les yeux vers ma bibliothèque, je croise un « Eloge de la vieillesse » (Hermann Hesse), un « Eloge de la fuite » (Henri Laborit), et je sais la quantité d’ouvrages fabriqués désormais à cette sauce, quand un titre convenable vient à manquer et qu’on veut solliciter le porte-monnaie du lecteur en lui titillant la curiosité à bon compte. Moi même, j’en ai presque honte, je vous avais écrit un « Eloge de l’échangisme » qui vaut mieux que son titre. Et je n’ose même plus vous faire un « Eloge de l’éloge » tant le procédé s’écule.
Mais comme c’est la loi du marché, je veux ma part du gâteau : sitôt que je vous aurai lassé avec ma prose trop sérieuse, je vous pondrai quelques opus beaucoup plus attractifs dans ma future maison d’édition « Elôges », dont les titres et sous-titres se bousculent déjà au portillon :
· Eloge de l’intertrigo « Vive l’obésité morbide »,
· Eloge de l’alter-mâle « Chouette, j’ai un petit zizi »,
· Eloge du pouvoir « Les femmes préfèrent les nains »,
· Eloge de l’efficacité « Pratiquer la sieste sans se fatiguer »,
· Eloge de la symbiose « Vaincre la solitude grâce à ses morpions »
· Eloge des nouveaux codes « Du ravissement d’être une bourgeoise chauve»,
· Eloge du naturel « Je pue de la gueule et j’en suis fier »,
· Eloge du retour à l’essentiel « Vivre à 4 sur un Smic : le plaisir de dépenser juste »
· Eloge du sexe pervers « Ton pied-bot, il me botte, mon pote »
Mieux, si voulez que je vous écrive un texte adapté à votre problème particulier, demandez-le moi en commentaire, je me ferais un plaisir non dissimulé de vous rédiger à votre choix un précis ou un abrégé. Promis, je me sens capable.
Revenons à nos mourons. Revenons à nos mourants. J’ai feuilleté son bouquin : c’est un papier tout plein de bonnes vérités (tout comme l’article du jour du sieur Hefez), mais cet « Eloge de la déprime » joue à mon avis dans la cour des petits bras. Mieux que la déprimette, baisse de forme passagère qui ne fait qu’augurer des jours meilleurs après un coup de barre Mars et qu’ça reparte, dans le flux et reflux quasiment physiologique de ce bas monde, j’ai envie ici de vanter les mérites de la bonne dépression, la dépression profonde dont on ne se remet pas avec une bonne tape dans le dos. Face à mon pré-agonisant, le stylo hésitant à inscrire un IRS, devant la pression de l’entourage et pour apaiser le malaise général (dont le mien), je me remémore les étapes de la mort identifiée en 1969 par Elisabeth Kübler-Ross dans son fameux « On death and dying », que sont le refus, la colère, le marchandage, la dépression, l’acceptation.
Enfin ! Nous voilà dans un domaine médical qui n’est pas trop codifié, car resté encore trop sensible pour édicter des conduites à tenir rigides. Reprenons nos deux patients : pour Calimero le dépressif (ou mon patient actuel), les choses sont simples puisque s’offre à moi un choix. Je n’ai qu’à activer mon intelligence, analyser la situation, écouter, comprendre les desiderata du patient qu’on peut entendre dans son regard, voir dans son souffle, sentir dans ses non-dits, toucher au creux de sa plainte, ceux des familles ou de l’équipe soignante qui sont plus proche que moi du corps malade, connaître les molécules possibles, les effets attendus, auto-critiquer honnêtement mes rapports avec les marchands de médicaments, intégrer mes lectures. Je n’ai qu’à faire le médecin et décider ou non un traitement médicamental.
Curieusement, face au Zébulon hypomane qui pète la forme mais qui pète par tous les bouts (escarres, artériopathie, dyspnée, toux, râles, cachexie…), je me sens plus démuni. Je n’ai guère le choix que de rafistoler tout ce qui se déglingue, avec des rustines désolantes.
J’ose à peine l’écrire, mais voici mon inspiration du jour pour aider à l’expiration de mes frères mortels : j’apprécierais qu’un laboratoire audacieux nous offre une vraie alternative, en
mettant sur le marché un dépresseur (d’humeur, et non pas un simple dépresseur respiratoire comme nous en avons tant…), une sorte de sérotoninolytique pour aider nos futurs mourants à pouvoir
lâcher la rampe, à dégonfler leur désir dérisoire de s’accrocher quand tous les marqueurs sont au rouge. On traite le plus souvent ces grands anxieux par des anxiolytiques : j’ai idée que
les déprimer un chouia ne nuiraient pas à ce passage obligé.
Plus raisonnablement et pour revenir à notre pratique au lit du malade, continuons au
minimum à nous interroger sur le bien-fondé de chaque prescription d’antidépresseur en fin de vie.
Ce sera déjà un beau début.
Dick Annegarn
Jean Anouilh
Hannah Arendt
Yann Arthus Bertrand
Paul-Laurent Assoun
Neil Armstrong
Richard Bach
Daniel Balavoine
Michael Balint
Christian Barnard
Simone de Beauvoir
Jean-Paul Belmondo
Etienne de la Boétie
Alphonse Boudard
Patrick Boulnois
Pierre Bourdieu
Georges Brassens
Yoland Bresson
Annabel Buffet
Albert Camus
François Cavanna
Clémentine Célarié
Louis-Ferdinand Céline
Miguel de Cervantes
Albert Cohen
Coluche
Hugues de Courson
Béatrice Dalle
Frédéric Dard
Pippo Delbono
Eric Dupond-Moretti
Epicure
Caroline Fourest
Sigmund Freud
Serge Gainsbourg
Jacques Gaillot
Jean-Jacques Goldman
Dexter Gordon
Icare
Philippe Jeammet
Henri Laborit
Gustave Le Bon
Jack-Alain Léger
Claude Lellouch
David Lodge
André Lorulot
Vladimir Nabokov
Robby Naish
Taslima Nasreen
Friedrich Nietzsche
Anaïs Nin
Claude Nougaro
Ruwen Ogien
Michel Onfray
Pandore
Giovanni Battista Pergolesi
Michel Petrucciani
Jean-Marie Piemme
Pink Floyd
Raymond Queneau
H.A. Rey
Bettina Rheims
Frère Roger
Marcel Rufo
Shéhérazade
Paul Smaïl
John
Steinbeck
Frédéric Taddéi
Philippe Val
Raoul Vaneigem
Antonio Vivaldi
Leonardo da Vinci
Marguerite Yourcenar
(vitrine en cours)
Socrate, en avalant la ciguë qui le mourut tout cru, donna à son compère Criton cette réplique fameuse : « Il faut donner un Coq à Asclépios », ou encore « Nous devons un Coq à Esculape ». Me voilà donc, bravement recommandé par le vieux sage, endossant sa maïeutique et son ironie paradoxale, essayant de me connaître moi-même et ne sachant qu’une chose, c’est que je ne sais rien.
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