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le Top 111
Requêtes d’internautes tapées sous Google pour arriver chez Dr Coq :
les gagnants.
Autant présents que les hystériques dans nos cabinets, aussi grisâtres qu’elles sont colorées, certains pouvant être aussi des grands
consommateurs de soins, nous ne pouvons pas les rater.
Ma dernière prise typique est encore toute chaude : un mecton normal venait avec son rappel vaccinal décennal, le 29 du mois dernier. Le précédant datait du 28, exactement 10 ans auparavant. Alors que je relevais d’un sourire amusé l’exploit d’une telle précision, j’ai vu mon homme se déconfire, m’affirmant qu’il voulait venir la veille mais que c’était dimanche et que je ne travaillais pas ! 2/3 figue, 1/3 raisin, il me demandait si cette journée de retard était importante ou s’il fallait « tout recommencer ». Des années que sa date de vaccination devait tourner en arrière fond. Un keum intelligent, autant que toi ou moi ! Pendant que ses pensées étaient occupées par ce truc insignifiant, il pouvait continuer à vivre en camouflant sa véritable angoisse existentielle. C’est le principe de cette névrose conjuratoire : répéter inlassablement pour mieux (se) cacher. Dans le même ordre d’idée, nous pratiquons tous ces patients désemparés par les boîtes de médicaments qui passent de 30 à 28 comprimés, révolution qui bouscule infiniment leur paisible ronronnement et qui leur déclenche des cacas nerveux.
Comme pour toutes les personnalités que nous observons, la chose n’est pas écrite sur leur visage (un porteur de petit collier de barbe bien soigné n’est pas forcément obsessionnel, ce serait trop facile !) Et c’est souvent à l’occasion d’un épisode de leur parcours médical qu’on peut les débusquer. La simple façon de rédiger le chèque clôturant la consultation m’est souvent un précieux signal d’alerte ! Je ne vais pas m’embrouiller dans du mauvais freudisme à deux balles, mais le stade anal de fixation du symptôme et la difficulté à décrocher un chèque (trop) soigneusement rempli me paraissent de la même veine.
L’obsessionnel pourrait porter à rire, tant c’est le client idéal pour les petits bras du one man show qui s’écoutent ânonner leurs blagues grasses. Je pourrais vous en faire un catalogue de mille pages à me gausser, ce ne serait pas très charitable : je ne jouerai pas à ce petit jeu.
Le généraliste partage avec quelques autres médecins ces patients péticuleux : on les rencontre aussi dans les salles d’attente de gastro-entérologues, chez les pédiatres et chez les homéopathes qui ont créé leur spécialité pour eux. Je suppose que ce ne sont pas des clients de psychiatres, car ils vont particulièrement « bien », sont bien protégés par leurs conjurations et sont bien intégrés, excepté ceux qui souffrent de TOC trop marqués. La société elle-même fonctionne sur des principes obsessionnels, en proposant des grands évènements, la Noël puis « le Blanc », puis les Soldes, permettant de décharger les pulsions collectives. Les religions rendent leurs ouailles dépendantes de rituels, les formatent à la courbette et à la récitation litanique, les enfermant dans l’impasse propre à l’obsessionnel, de sorte que toute possibilité de respiration autonome soit exclue : à chaque interrogation sa prière, à chaque difficulté sa salve salvatrice.
Je vous rassure, chacun d’entre nous, même le moins obsessionnel, fonctionne régulièrement à coups de rites. Jaddo la couetteuse a décrit le rite du brassard à tension, inéluctable entre le patient et son médecin sans quoi une consultation ne serait pas une consultation. Observez bien votre quotidien et vous verrez comme nous aimons répéter certains actes : quelle meilleure solution pour faire taire un bavard que d’écrire une ordonnance ?
Qu’importe de reconnaître les obsessionnels dans nos consultations ? Nous savons comme être utilisé par le patient peut lui rendre service, tant que comme bons professionnels nous repérons cette utilisation et que nous savons éviter toute manipulation incontrôlée. Nous en avons déjà parlé : servir de bouc émissaire lors d’un deuil est souvent profitable au patient, sachons endosser la casquette sans en souffrir plus que de raison. De même, il n’est pas rare que l’obsessionnel nous intègre dans sa névrose, et il me parait alors nécessaire de nous en rendre compte pour ne pas être qu’une marionnette, mais bien un soignant. Nous savons par exemple que l’obsessionnel pur sucre aimerait volontiers passer une coloscopie tous les matins pour se rassurer. Il faut bien que nous puissions lui offrir en échange de son symptôme une fermeté rassurante. Tout en nous méfiant de l’organicité qui peut se cacher derrière le 57ème épisode colique successif.
Le héros du jour peut être un allié de poids dans le suivi de nos prescriptions : le diabétique obsessionnel est de tous les diabétiques le seul qui se prépare un avenir micro et macro-angiopathique radieux. Un avenir qui m’évoque la blague entendue l’autre jour : Docteur, je veux vivre longtemps, qu'est-ce que je dois faire ?… Oui, oui, voyons ça… Vous fumez ? Non… Vous buvez de l’alcool ? Non… Vous avez une vie sexuelle extraconjugale ? Nooon Docteur, vous n’y pensez pas !… Alors, pourquoi voulez vous vivre vieux … ? Son perfectionnisme, ses contrôles, son ordre, son absence d’écarts, sa vie réglée comme du papier musique nous font observer des carnets de suivi diabétique presque aussi parfaits que ceux des adolescents, à la différence près que ceux des teenagers sont le plus souvent remplis dans nos salles d’attente avec des valeurs inventées de toutes pièces autour d’une valeur cible. D’où l’intérêt de l’interprétation à la lumière de l’hémoglobine glyquée.
L’obsessionnel est-il chiant en consultation pour un médecin qui ne l’est pas ? Je l’ai pensé, un long moment, avant d’inventer un jeu et de comprendre son intérêt thérapeutique. Notre quart d’heure professionnel pourrait se passer à expliquer chaque paramètre, chaque chiffre, chaque ligne de l’ordonnance, de comparer la tension du jour à la tension du trimestre passé, bref de faire de la médecine de comptable, voire de la médecine-à-la-con. Après quelques années, certains suivis sur ce mode peuvent devenir éreintants. Rien ne vaut alors la politique du croche-pied, permettant la sortie de piste d’une consultation hyper balisée, à la recherche d’autres émotions. Et ce petit jeu, dont je vous laisse inventer vos propres règles à la lumière de vos connaissances, de votre intelligence, de vos formations, permet de libérer beaucoup de pressions.
Et permet d’éviter que l’obsessionnel ne devienne obsédant.
Dick Annegarn
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John
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Marguerite Yourcenar
(vitrine en cours)
Socrate, en avalant la ciguë qui le mourut tout cru, donna à son compère Criton cette réplique fameuse : « Il faut donner un Coq à Asclépios », ou encore « Nous devons un Coq à Esculape ». Me voilà donc, bravement recommandé par le vieux sage, endossant sa maïeutique et son ironie paradoxale, essayant de me connaître moi-même et ne sachant qu’une chose, c’est que je ne sais rien.
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