Partager l'article ! 114- Un tiers indésirable en consultation : le voyou conjugal.: Une drôle de race usage mes consultations. Je pense aux siamois des couples mon ...
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les gagnants.
Une drôle de race usage mes consultations. Je pense aux siamois des couples monozygotes, incapables de lâcher leurs prothèses conjugales en salle d’attente.
Chacun vit son vice comme il l’entend, j’entends bien, mais pousser le jeu fusionnel jusque cœur de la consultation médicale, voilà bien une chose qui me les entrechoque. Chacun pense avec son histoire, avec son parcours, avec ses phobies, et j’entrevois bien dans ce papier qui vient une des miennes, asphyxiante, même si je conçois que beaucoup d’entre vous puissent trouver touchant et merveilleux de partager jusqu’à ses thromboses hémorroïdaires, ses polypes ou ses endométrioses. Moi, je trouve ça répugnant.
Evacuons d’emblée toutes ces consultations à deux dictées par le bon sens : l’un des deux nécessite la présence de l’autre, pour une véritable dépendance imposée, qu’elle soit physique, psychiatrique, linguistique, voire culturelle, même si je ne souscris pas aux rudesses traditionnelles, loin s’en faut, et que j’incite à l’intégration républicaine ! Ces couples sont le plus souvent facilement sécables, à notre demande.
A l’inverse, l’exceptionnelle consultation en tandem d’un patient qu’on voit habituellement seul est toujours payante : l’autre s’inquiète, nous apportant un éclairage latéral souvent bénéfique en consultation. Le tiers exceptionnel, c’est une sonnette d’alarme à ne jamais ignorer.
Quant au tiers systématique qui s’impose, c’est une autre rengaine ! Description du voyou conjugal, donc, qui commence à parler de lui dès l’ouverture de la porte de la salle d’attente, alors que le rendez-vous est pris pour celle qu’il emprise.
J’ai vécu ce moment étrange et pénétrant, où je devais enfiler un spéculum à une bourgeoise sous le total contrôle visuel de son mari ! Dame pourtant hexagonale, née dans un pays où les droits de la femme sont moins bafoués qu’ailleurs, élevée à la philosophie des Lumières et des avancées de 68. Sur mes genoux qu’il aurait voulu s’asseoir, le salopard, pour vérifier lui-même les intérieurs de madame ! (Excuse-moi, Jak, de te voler le pain de la bouche : je ne fais que minimaliser une triste réalité)
Tu vas me rétorquer, lecteur, qu’il aurait suffi que j’impose au vilain de rester coi dans la salle d’attente pendant la consultation
de son objet matrimonial ! Imagine, j’y ai pensé aussi et je tente d’ailleurs systématiquement l’affaire en ce sens, à coup d’ironie, de menaces, d’interdits, de croche-pieds : même le
« ce doit être un bien mauvais coup, votre jaloux, pour vous surveiller à ce point » marmonné à l’intention de l’ignoble ne suffit pas ! Parce que le voyou conjugal est
sourdingue au tiers, aveugle et délinquant. Il utilise parfois une mauvaise raison pour s’imposer dans le colloque singulier -comme plus minable motivation, le carnet de chèque parce que
sa ménagère ne sait pas signer- ; le plus souvent, il n’y a aucune excuse, il brutalise les portes et évacue d’un dédaigneux mépris le
symbolique barrage du docteur.
Ne soyons pas sexiste, les choses sont symétriques et nombre femelles dominantes viennent châtrer leur mâlicule devant témoin. Elles me font mal, ces marâtres velues, à déballer la virilité défaillante de ceux qu’elles ont phagocytés, les traitants comme moins-que-riens, répondant elles-mêmes aux questions que nous adressons à leurs proies. Je tente tout pour pouvoir entendre les mots de la victime, rien n’y fait, l’affreuse précède tout, dit, aboie, impose les solutions. Lecteur de Foucault, j’ai compris depuis bonne lurette que le sado-masochisme, tant qu’il est librement choisi, est un contrat respectable. Tant que ça se joue en ville, je ne trouve rien à redire. Mais dans mon cabinet, c’est plus compliqué pour moi, parce que titillant mes problématiques personnelles : ma difficulté est bien ma place d’observateur privilégié de la scène qui se joue, lorsque je suis pris à témoin.
Les couples symétriques ne sont pas moins déstabilisants, qu’ils soient le témoin du joug conjugal autant que des pétrifications filiales. Papa vient toujours avec Maman. Maman accompagne systématiquement Papa. Fifille assiste Môman, Môman ne raterait pour rien au monde la consultation de Fifille. Rien de l’un ne doit jamais échapper à l’emprise de l’autre. Et moi qui benoîtement pensais que le cabinet médical pouvait être cet endroit singulier d’une rencontre à deux ! Que la consultation pouvait être le moment de lâcher quelques pressions, y compris concernant la vie domestique ! Pour résoudre les inévitables tensions que les fusions fabriquent, on ne peut même pas compter sur les psychanalystes, qui n’ont pas encore inventé le divan biplace !
En marge, mais correspondant à une problématique voisine, j’observe souvent la consultation de fratrie. Certaines mamans nous amènent systématiquement la totalité de leur progéniture, dans une sorte de magma familial. Ce sont mes familles ‘bouillie’, dans lesquelles aucun enfant n’a d’existence individuelle. La pondeuse caquette le synopsis de la consultation de la couvée comme suit : Tony a le rhume et pas de fièvre, Johnny tousse et a mal à la gorge, Lenny a vomi cette nuit et il faut un certificat d’orthophonie pour Johnny ; et Tony, il tousse aussi. Tony il avait les yeux collés hier. Vas-y Lenny, déshabille-toi que le docteur y te regarde. Et vas-y aussi Tony, le docteur il est pressé. Et j’ai plus de gouttes pour les lavages de nez et faudrait me marquer les vitamines à Johnny.
Quelle importance, finalement, que cette catégorie de patients, qui vivront et mourront amputés ? C’est leur nécessité, grand bien leur fasse. Il n’est pas raisonnable de vouloir changer quoique ce soit à cet état de fait quand les choses sont irrémédiablement fixées. Plus intéressant est de comprendre nos réactions de soignants face à certaines situations particulières. Ici, j’espère vous avoir fait partager mes réactions épidermiques, dont je connais la genèse et que je tente de contrôler au mieux, mais qui utilisent une grande partie de mes ressources en consultation, au risque de l’erreur médicale. Pendant que j’échafaude des plans pour éliminer le malotru excessif, esquivant ses incessantes interventions, ses tentatives pour prendre l’ascendant, essayant de ne me concentrer que sur le consultant, je me sais en difficulté.
Pas de leçon à apprendre cette semaine, mais un devoir à faire et à me rendre, je ramasserai les copies : Tentez de comprendre pourquoi et comment quelques catégories de patients vous épuisent… Les repérer, c’est déjà résoudre en partie le problème.
Dick Annegarn
Jean Anouilh
Hannah Arendt
Yann Arthus Bertrand
Paul-Laurent Assoun
Neil Armstrong
Richard Bach
Daniel Balavoine
Michael Balint
Christian Barnard
Simone de Beauvoir
Jean-Paul Belmondo
Etienne de la Boétie
Alphonse Boudard
Patrick Boulnois
Pierre Bourdieu
Georges Brassens
Yoland Bresson
Annabel Buffet
Albert Camus
François Cavanna
Clémentine Célarié
Louis-Ferdinand Céline
Miguel de Cervantes
Albert Cohen
Coluche
Hugues de Courson
Béatrice Dalle
Frédéric Dard
Pippo Delbono
Eric Dupond-Moretti
Epicure
Caroline Fourest
Sigmund Freud
Serge Gainsbourg
Jacques Gaillot
Jean-Jacques Goldman
Dexter Gordon
Icare
Philippe Jeammet
Henri Laborit
Gustave Le Bon
Jack-Alain Léger
Claude Lellouch
David Lodge
André Lorulot
Vladimir Nabokov
Robby Naish
Taslima Nasreen
Friedrich Nietzsche
Anaïs Nin
Claude Nougaro
Ruwen Ogien
Michel Onfray
Pandore
Giovanni Battista Pergolesi
Michel Petrucciani
Jean-Marie Piemme
Pink Floyd
Raymond Queneau
H.A. Rey
Bettina Rheims
Frère Roger
Marcel Rufo
Shéhérazade
Paul Smaïl
John
Steinbeck
Frédéric Taddéi
Philippe Val
Raoul Vaneigem
Antonio Vivaldi
Leonardo da Vinci
Marguerite Yourcenar
(vitrine en cours)
Socrate, en avalant la ciguë qui le mourut tout cru, donna à son compère Criton cette réplique fameuse : « Il faut donner un Coq à Asclépios », ou encore « Nous devons un Coq à Esculape ». Me voilà donc, bravement recommandé par le vieux sage, endossant sa maïeutique et son ironie paradoxale, essayant de me connaître moi-même et ne sachant qu’une chose, c’est que je ne sais rien.
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