Partager l'article ! 7 - Papa est docteur, maman est infirmière.: Loin de moi cette image machiste d’un autre temps, je suis un féministe convaincu, et celle ...
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Loin de moi cette image machiste d’un autre temps, je suis un féministe convaincu, et celle qui partage ma vie (mon symptôme, dirait Lacan), beaucoup plus diplômée que moi, est là pour en témoigner. D’accord, je ne suis pas un aficionado du fer à repasser, mais je crois bien qu’il s’agit là de mon seul défaut. Le temps du docteur bossant 14 heures par jour avec une ménagère l’attendant à la maison semble heureusement révolu.
Le titre de cet article n’est pas qu’une vilaine tentative de récupération d’un lectorat réactionnaire –je les entends d’ici : « enfin, le voilà qui retrouve des valeurs ! » -, c’est bien le symbolique qui me fait écrire. Quelles sont les différences, excepté sur le bulletin de salaire, entre la nurse et le docteur ? Comment ne pas confondre l’infirmière scolaire et le médecin femme de l’éducation nationale, même en sachant que l’une a fait 5 à 7 années d’études supplémentaires ?
Chacun sait que l’individu « équilibré » possède une part de masculinité et une part de féminité, du Yang et du Yin, de l’animus et de l’anima pour reprendre les termes de Jung (et une bonne part d’animal, bien sûr, pour ce que j’observe au quotidien !) : ainsi, le supporter du PSG a souvent une structure de type animal dominant, avec une portion variable d’animus et un anima pour le moins refoulé. L’anima procède de l’âme, et fait exceptionnel, l’animus est bien le dérivatif mâle de l’anima : une fois n’est pas coutume, le concept féminin préexiste !
La portion masculine d’un individu se retrouve (pas uniquement dans le slip, lecteur brute de décoffrage !) dans l’action, la pénétration, la fécondation, l’agressivité, la rationalité, la technique, la compétition. Sa partie féminine regroupe l’intuition, le sentiment, la tendresse, la douceur, l’accueil. L’individu médecin est comme tout un chacun un savant mélange de ces deux parties. L’équilibre entre ses parts influe bien évidemment sur sa relation avec le patient et sur sa prise de décision, de l’écoute féminine à l’interrogatoire plus masculin, jusque dans l’application d’algorithmes.
Les spécialités peuvent aussi se repartir entre ces deux pôles : la médecine scientifique, hospitalière, pointue, de techniciens, performante ou perforante comme la chirurgie relèvent bien de la première catégorie. La médecine basée sur les sciences humaines, les psychothérapies, la pédiatrie de ville relèvent plutôt de la deuxième. En évitant bien sûr les raccourcis trop rapides, du type médecin des corps contre médecins de l’âme, mais en devant bien constater que le généraliste se trouve à la croisée des chemins : le jeune omnipraticien frais émoulu de la faculté, d’une technicité remarquable, doit bien s’adapter au réel de sa clientèle. Ce n’est pas qu’il doive abandonner la belle médecine apprise sur les bancs de la faculté, c’est bien qu’il doit la compléter.
Pour exemple, le généraliste observateur comprend vite les liens existant entre la maladie et les évènements de la vie du patient. Témoin de vie de celui qu’il soigne, il ne peut que constater que les évènements aigus ne se déclenchent pas n’importe quand, et qu’il est de son devoir de savoir intégrer ce pathologique dans une histoire. Ne fait pas un lumbago ou une mycose vaginale qui veut, et découvrir les raisons profondes du symptôme est une des facettes passionnantes du métier. L’étiologie d’une sciatique est souvent une hernie discale, qui doit être repérée et réparée par des techniciens performants. Mais la cause de cette étiologie, si j’ose, mérite une attention spécifique, puisque nous ne sommes pas que des mécaniciens.
On connaît le rôle du père dans la défusion de la mère et l’enfant. Je pose un parallèle avec le médecin, qui devrait pouvoir jouer de même pour écarter la maladie du malade. On observe chaque jour que bon nombre de patients tiennent à leurs symptômes : « le neurologue m’a dit que je serai migraineux toute ma vie… », et qu’il est légitime de repérer cet état de fait. Il faut tout faire pour engager son patient dans une démarche de guérison plutôt que de suivi. Le docteur trop maternant sera celui qui renouvellera chaque mois les pastilles de son patient, comme une maman nourrirait son petit. Très vite, on se retrouve dans une relation de type alimentaire (hélas symétrique, je te donne ta ration, tu me donnes ton argent), avec une prise de pouvoir du médecin sur le patient et du patient sur le médecin ! Médecine libérale, et non plus médecine libérant. Médecine que je suis parfois le premier à pratiquer, j’en suis bien conscient.
La posture paternelle est connue et mérite d’être utilisée par le thérapeute, en particulier pour la possibilité du refus, l’utilisation du non, le maintien d’une certaine distance, la pose de règles. J’y vois là la principale différence entre le médecin et l’infirmier, quel que soit leur sexe. Bien sûr, certaines situations de soins nécessitent un dispositif maternant de la part du praticien, mais celui-ci doit en avoir conscience : le toucher apaisant, rassurant rejoint alors celui de l’infirmière. Le pansement sur le bobo peut participer à la consultation, mais ne doit pas suffire.
Comme le père à son enfant, le médecin doit apprendre des techniques à son patient : techniques de guérison, techniques de prise en charge pour les petits maux, apprentissage de l’autonomisation. Certains praticiens, par exemple, rappellent systématiquement leurs patients pour adapter leur dose d’anticoagulant selon les derniers résultats de biologie : j’y vois la maman qui téléphone à son fils pour lui dire de ne pas oublier son cache-nez. Il est nécessaire de responsabiliser le patient avec sa santé, son traitement, quitte à accepter plus de risques. Ce qui est un faux problème, car le patient, totalement déresponsabilisé, est menacé à la moindre coquille, au moindre manquement de son médecin, à la moindre erreur de transmission de données.
Pour pratique, comment résumer ce papier ?
Je pose une différence entre la consultation du généraliste et le recueil d’observation de l’interne au lit du malade hospitalisé. On nous apprenait la séquence inaltérable : interrogatoire, examen clinique, intégration de données para-clinique (biologie, imagerie…), conduite à tenir. Je tiens à un temps d’écoute avant l’interrogatoire, souvent d’une richesse extraordinaire, plus pertinente pour la santé du patient que pour l’ego du médecin.
Repérer sa polarité au cours de la consultation est important : la réception dans les premières minutes pourrait être conduit sur le versant anima : accueil, empathie, écoute ouverte. Puis vient une indispensable bascule sur le versant animus, avec instauration d’un interrogatoire plus précis permettant de cadrer les choses, examen clinique rigoureux, puis émission du soin performant et technique ; même si le soin est décidé avec la patient, il doit être directif.
Directif, dans le sens que j’emploie, veut bien dire qui indique une direction, et non pas tyrannique, despotique, dominateur, dictatorial. C’est bien le directif équilibré d’un animus tempéré par un anima.
***
Merci Jak, pour ce nouveau dessin bien sympa, et plus encore pour ce mail élogieux qui m'a fait rougir...
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Socrate, en avalant la ciguë qui le mourut tout cru, donna à son compère Criton cette réplique fameuse : « Il faut donner un Coq à Asclépios », ou encore « Nous devons un Coq à Esculape ». Me voilà donc, bravement recommandé par le vieux sage, endossant sa maïeutique et son ironie paradoxale, essayant de me connaître moi-même et ne sachant qu’une chose, c’est que je ne sais rien.
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