pour me joindre en privé :
thierry.lecoquierre@wanadoo.fr
l'éditeur de Jak, pour acheter ses BD :
http://grrrart-editions.fr/
le Top 111
Requêtes d’internautes tapées sous Google pour arriver chez Dr Coq :
les gagnants.
Marre des billets de vingt zeuros… Où est donc le temps du pognon, du blé, de la fraîche… Nous voilà arrivés dans l’ère trop respectable de l’argent rigide. Combien vous dois-je ? Huit zeuros, Madame … Ah, comme nous aimions les balles, ça rebondissait, c’était léger ! Ce n’est pas tant la monnaie qui nous importune, mais juste la façon d’en parler. Trop banquier pour nous, trop européen pour acheter notre pain quotidien…
Alors j’ai créé pour mon entourage qui l’a vite adopté le plume, qui est à l’euro ce que le balle était au franc. Vous verrez en l'utilisant comme la vie devient plus rose. Acheter quelques grammes de dentelle pour 48 plumes est autrement plus séduisant qu’acheter 48 zeuros de lingerie fine… Un petit sac à main "dans les 200 plumes" est beaucoup plus léger à annoncer à son homme légitime que 295 euros... Ce vocable est évolutif et c’est tant mieux, laissons-le vivre... Comme le clope ou le balle, il hésite entre masculin et féminin. Le plume, la plume, même combat. Qu’importe son genre, ce vocable collera toujours à la réalité de nos expressions : se faire plumer, se remplumer, y laisser des plumes …
Petit aparté pour expliquer ce titre sans faute d’orthographe, donc, avant de parler d’argent. A lire les quotidiens spécialisés, j’ai pu constater combien les rapports entre médecine et pognon étaient conflictuels. Pas un courrier des lecteurs d’un de nos nombreux journaux corporatistes ne manque du sempiternel refrain autour du plombier ou du garagiste gagnant plus que le généraliste, et je trouve que les pauvres auteurs de ces billets médiocres n’ont vraiment rien d’autre à faire que de grognasser de la sorte.
Observons la chose : faire déboucher un bidet coûte certainement fort cher, mais au final, j’ai idée que le médecin a un niveau de vie confortable. Toutes les maisons bourgeoises de mon quartier sont squattées par la gent médicale, et je ne connais point de plombard dans ma rue, sauf peut être des chefs d’entreprises faisant bosser du petit personnel, ce qui n’est pas comparable, vous l’admettrez. Regardons le médecin seul, bossant avec sa bite et son couteau, et le petit artisan seul, œuvrant à son compte lui aussi : force est de constater que le premier n’est pas toujours le plus mal loti.
Outre sa masure confortable, le toubib est propriétaire d’un yacht décent ou d’un cheval point trop bourrin. Il retrouve ses semblables au club de golf ou à l’aéroclub, circule dans une voiture climatisée, passe des vacances dans des lieux positifs, se chausse de cuir italien et se promène parfois avec des créatures au bras. Il apprécie et boit des vins pour le moins convenables, ne rate jamais un des moments culturels de sa ville. Il offre de belles études secondaires à sa progéniture dorée et place le superflu de ses économies en vue d’une retraite bien méritée.
Que comprendre, donc, dans ces litanies funestes ? Pour ma part, j’y vois l’aveu d’une désolation libidinale préoccupante, pour des individus qui ont pourtant de l’or plein les mains. Notre métier apporte des satisfactions potentiellement innombrables qui feront l’objet d’un autre billet. C’est bien l’idée que je veux faire ressortir de cet article : il me paraît indispensable de veiller à ne pas mettre le pied dans la spirale, au risque de se faire aspirer corps et bien. On parle souvent du burn-out des toubibs (le syndrome d’épuisement professionnel), nous y reviendrons bien sûr, mais la course à l’acte est pour moi l’un des facteurs les plus évidents du phénomène, pour ce qui concerne notre profession. L’observation par le praticien de son propre rapport avec sa charge de travail (corrélée à son besoin d’argent) doit être régulière, comme il le fait sans doute pour son rapport à l’alcool ou à toute problématique personnelle : « où en suis-je ? »
La sagesse épicurienne peut apporter quelques pistes de réflexions, sinon des réponses. Loin de l’image d’Epinal qui lui colle à la peau, Epicure propose une diététique des désirs, en les classant en 3catégories : naturels et nécessaires (comme boire et manger), naturels et non nécessaires (comme la sexualité), et non naturels et non nécessaires (les honneurs, la richesse, le luxe…, qui n’appartiennent pas au règne animal). Notre penseur antique nous explique que ces désirs ne sont jamais résolus par leur satisfaction, ce que nous pouvons facilement observer au quotidien, plutôt chez les autres, d’ailleurs ! L’argent appelle l’argent, comme la course à l’armement high-tech est anxiogène et non apaisante. Comme chacun, je suis sensible au chant des sirènes, mais je tente parfois de me recentrer dans ma réalité et mes besoins.
Travailler trop et trop vite ne peut se faire qu’au détriment de la relation humaine, du temps de la lecture, de la formation professionnelle et personnelle, du loisir sportif, culturel ou sexuel, des rencontres amicales. Le plaisir de dénouer une consultation compliquée ne peut plus avoir lieu. L’érosion d’une grande partie de notre pratique apparaît : on arrête d’abord de pratiquer des ECG, puis on stoppe la petite chirurgie, puis les sutures simples, puis les visites à ses patients hospitalisés… Ne reste bientôt que le risque de recopier des ordonnances pensées ailleurs.
J’entends les critiques à l’avance : « si la consultation était à 30 plumes, nous pourrions travailler moins…». En m’énonçant cette assertion mille fois démentie par l’usage, vous savez qu’en gagnant plus d’argent, vous en dépenseriez plus, et que pour refaire la toiture de la nouvelle maison de campagne acquise avec cette augmentation, il faudra bien sûr faire marcher la machine à multiplier les actes.
Pour les invétérés grincheux du porte monnaie, je leur livre quelques astuces qui ont fait leurs preuves, pour les fins d’années ressenties difficiles : il leur est toujours possible de laisser en évidence un tronc sur le bureau avec la petite phrase qui va bien : « le Docteur Fauché vous souhaite une bonne année ». Si les choses ne s’arrangent pas, il reste à poser nu pour un calendrier d’art destiné à ses mamies conquises à l’avance.
Tout ça pour ne rester que dans la légalité la plus onctueuse, mais nous verrons aussi les meilleures combines et astuces pour se remplumer en période de vaches maigres, sur le dos de la Sécu.
***
Quelle plume a donc Jak ! sans doute a-t-il pratiqué les salles de gardes, voire pire ?
Dick Annegarn
Jean Anouilh
Hannah Arendt
Yann Arthus Bertrand
Paul-Laurent Assoun
Neil Armstrong
Richard Bach
Daniel Balavoine
Michael Balint
Christian Barnard
Simone de Beauvoir
Jean-Paul Belmondo
Etienne de la Boétie
Alphonse Boudard
Patrick Boulnois
Pierre Bourdieu
Georges Brassens
Yoland Bresson
Annabel Buffet
Albert Camus
François Cavanna
Clémentine Célarié
Louis-Ferdinand Céline
Miguel de Cervantes
Albert Cohen
Coluche
Hugues de Courson
Béatrice Dalle
Frédéric Dard
Pippo Delbono
Eric Dupond-Moretti
Epicure
Caroline Fourest
Sigmund Freud
Serge Gainsbourg
Jacques Gaillot
Jean-Jacques Goldman
Dexter Gordon
Icare
Philippe Jeammet
Henri Laborit
Gustave Le Bon
Jack-Alain Léger
Claude Lellouch
David Lodge
André Lorulot
Vladimir Nabokov
Robby Naish
Taslima Nasreen
Friedrich Nietzsche
Anaïs Nin
Claude Nougaro
Ruwen Ogien
Michel Onfray
Pandore
Giovanni Battista Pergolesi
Michel Petrucciani
Jean-Marie Piemme
Pink Floyd
Raymond Queneau
H.A. Rey
Bettina Rheims
Frère Roger
Marcel Rufo
Shéhérazade
Paul Smaïl
John
Steinbeck
Frédéric Taddéi
Philippe Val
Raoul Vaneigem
Antonio Vivaldi
Leonardo da Vinci
Marguerite Yourcenar
(vitrine en cours)
Socrate, en avalant la ciguë qui le mourut tout cru, donna à son compère Criton cette réplique fameuse : « Il faut donner un Coq à Asclépios », ou encore « Nous devons un Coq à Esculape ». Me voilà donc, bravement recommandé par le vieux sage, endossant sa maïeutique et son ironie paradoxale, essayant de me connaître moi-même et ne sachant qu’une chose, c’est que je ne sais rien.
On se sent moins seul. Merci confrero-amigo.
La plume c'est joli.
Mais que fait la dame en robe rouge ? Elle taille des plumes !Vincent
Le dessin de Jack est bien percutant et surtout très subtile.