Partager l'article ! 34- Patient ou ami, il faut choisir.: Vouloir assurer le suivi médical d’un pote me paraît aussi judicieux que de conduire en &eacu ...
pour me joindre en privé :
thierry.lecoquierre@wanadoo.fr
l'éditeur de Jak, pour acheter ses BD :
http://grrrart-editions.fr/
le Top 111
Requêtes d’internautes tapées sous Google pour arriver chez Dr Coq :
les gagnants.
Vouloir assurer le suivi médical d’un pote me paraît aussi judicieux que de conduire en état d’ivresse.
Imagine Loulou, copain d’enfance dont j’assurerais le service entretien. J’en parle au conditionnel, car il n’est pas question chez moi que je tombe dans ces bassesses : avec mes patients, je fais de la médecine, avec mes copains je pratique l’amitié, et ce sont bien deux activités différentes.
Loulou m’apporte dans le vestiaire de la salle de squash que nous pratiquons tous les deux les résultats d’un prélèvement des leucorrhées (pertes blanches) de sa femme Nina, que je suis aussi et que j’ai réussi à adresser à une consoeur gynéco quand elle me parlait samedi soir au restaurant de ses soucis vaginaux. Loulou insiste, m’assurant que Nina lui a demandé de me montrer ces résultats qui lui paraissent normaux… sauf… -trop tard, j'ai ouvert l'enveloppe- sauf le gonocoque (qu’on n’attrape pas sur les cuvettes des WC !) qui mérite quelques explications. J’ai beau tenter la poésie, l’humour, évoquer l’erreur possible du laboratoire, solliciter une explication d’inspiration magico divine, tout en interrogeant à mi-mots mon copain sur ses pratiques sexuelles alternatives et sur d’éventuels symptômes personnels de chaude-pisse… furieux qu’il devient, le sacré Loulou, fidèle d’entre les fidèles, qui commence à me regretter comme médecin et qui me flanque une sacrée rouste sportive. Sympa, la séance de squash !
Mais l’amitié est solide : on finit par aller prendre une 1664 chez lui et il en profite pour me montrer Fabien, son gosse fébrile de 2 ans, mal en forme et vomissant. Je l’examine de fond en comble, faut pas bâcler le boulot avec les copains, on ne sait jamais. T‘inquiète, l’ami, c’est les dents. Loulou me ressert une bière, toute peine méritant salaire. 4 heures après, l’hôpital m’appelle, alors que je suis en train d’examiner Nina qui a mis sa tenue la plus sexy pour me présenter des condylomes acuminés de la marge anale qui grossissent à vue d’œil dans une sorte de feu d’artifesse chou-floral, et l’interne de l’hôpital me demande si je suis bien le médecin qui a vu le petit Fabien. Oui, c’est moi, docteur Coke. Le petit est mort, d’une méningite foudroyante et on va le mettre en bière. Merdre alors. Loulou m’appelle car il est triste et comme c’est le début de la coupe du monde de rugby, il voudrait un mois d’arrêt de travail et il a déjà acheté la Kronenbourg.
Brutalement, je me réveille en sueurs, ce n’était qu’un mauvais rêve, alors que je n’ai pris ni coke, ni bière, que je ne connais ni Loulou, ni Nina, ni Fabien. Seules quelques histoires médicales récentes m’habitent encore, en particulier cette méningite de diagnostic difficile qui s’est bien terminée mais que la famille n’a pas supportée, préférant changer de toubib.
J’avais écrit un bel article vachement sérieux sur ce sujet éminemment important, 4 pages d’arguments imparables, dans une sorte de catalogue à la Prévert, avec de la philosophie tout plein, des références psychanalytiques, l’explication du pourquoi du comment. Je peux vous l’envoyer contre une enveloppe timbrée à votre nom et adresse, photo pour les dames, mais j’ai bien peur de vous faire bailler. C’est vrai que je regrette un peu d’avoir abandonné, j’aurais sans doute obtenu un prix pour un si bel article aussi réfléchi, mais je dois tâcher de faire court pour Soso, un pur pote que je ne soigne pas et qui ne supporte pas mes articles trop longs.
Outre les difficultés de réaliser certains gestes intimes, des résultats embarrassants que la morale usuelle réprouve, du manque de liberté pour l’ami de se désengager de son médecin sans raison donner (je tiens essentiellement à ce contrat libre), tu te souviendras, lecteur fidèle, de mon récent papier : « En vacances, oubliez le caducée » où je défends l’intérêt de la posture professionnelle du médecin : le conseil du médecin à l’heure de l’apéro ne vaut rien, alors que le même avis donné dans un lieu dédié fait référence. Avec l’ami, nous oeuvrons souvent en dehors de notre cadre professionnel, au risque bien sûr d’une incompétence ressentie.
Comment conseiller la tempérance quand l’ami connaît nos abus ? Comment refuser à l’ami, comment lui dire non alors qu’il nous a aidé à déménager pas plus tard qu’hier ? Comment éviter les petits arrangements ? Comment annoncer un diagnostic difficile ? Comment survivre amicalement à l’erreur médicale ?
S’engager dans une relation de soin avec un médecin, c’est parfois à la vie à la mort. Le patient arrive sourire au lèvres dans un cabinet médical parce qu’il est constipé ou qu’il a mal au ventre. Dix ans après, dans le même cabinet, il peut consulter pour le même cancer colorectal, en phase terminale, et c’est beaucoup moins drôle. Petit symptôme deviendra grand, pourvu que Dieu lui prête vie.
Il n’est pas rare qu’à la mort d’un patient, la famille toute entière se détourne d’un médecin de 20 ans. Trop de souvenirs, trop de choses difficiles en commun, un transfert de culpabilité qui veut que pour mieux faire un deuil, il est rentable d’avoir sous la main un bouc émissaire : le généraliste, rendu responsable du décès d’un patient, devient objet thérapeutique. Lui qui n’a pas su diagnostiquer à temps la maladie mortelle, qui n’a pas pris la décision qu’on attendait à tel tournant de la maladie, on le nomme responsable et on le hait pour tenter d’aller moins mal. C’est une belle partie du boulot que de savoir endosser cet usage incontournable.
Qu’importent alors la qualité des soins que nous avons effectués, notre disponibilité, notre désarroi de perdre celui avec qui nous avions créé des liens intimes et de qui nous sommes souvent dépositaire de tant de confidences, la famille peut brusquement nous charger de tous les maux, changeant de trottoir quand elle nous croise. Mieux vaut s’y attendre et ne pas en souffrir plus que de raison. Mais c’est quand même plus confortable quand la relation n’est que professionnelle.
Soigner les potes, donc ? Moi ? Jamais !
Sauf que dans la vraie vie, ce n’est pas si facile. Ne jamais commencer, comme pour la cigarette, est bien sûr la meilleure solution. Mais on est jamais à l’abri d’un petit conseil qui peut déboucher sur du lourd, on est toujours sous la pression du copain qui pense différemment et qui trouve pratique d’avoir le numéro portable de son médecin et de passer les vacances avec lui.
Plus compliqué encore, c’est que la relation professionnelle peut évoluer insidieusement vers l’amitié, vers des sentiments amoureux (tu en sais quelque chose, L.) ou vers toute autre sorte d’investissement relationnel fort. Arrêter un suivi est difficile car les patients comprennent rarement qu’on ne veuille plus les soigner pour conserver leur amitié. Tant que je peux, je me refuse de me laisser embarquer dans des aventures amicales que je risquerais de payer plus tard : on m’invite parfois au mariage du petit que j’ai « élevé », on me convie à passer sur la route de vacances dans la maison familiale, je me défile pour ne rester que soignant. C’est dommage pour toutes ces amitiés avortées, ces patients qui feraient de convenables intimes, j’en suis persuadé, mais je ne vois pas d'autres solutions - à moins que ceux-ci comprennent la nécessité de modifier la relation sur un versant amical exclusif et de changer de crémerie.
Lorsque les choses sont impossibles à éviter, il me parait au minimum nécessaire de pratiquer la médecine avec la panoplie complète de docteur : au cabinet, sur rendez-vous et en prenant ses honoraires.
Mais on n’est alors jamais très loin du cauchemar.
Dick Annegarn
Jean Anouilh
Hannah Arendt
Yann Arthus Bertrand
Paul-Laurent Assoun
Neil Armstrong
Richard Bach
Daniel Balavoine
Michael Balint
Christian Barnard
Simone de Beauvoir
Jean-Paul Belmondo
Etienne de la Boétie
Alphonse Boudard
Patrick Boulnois
Pierre Bourdieu
Georges Brassens
Yoland Bresson
Annabel Buffet
Albert Camus
François Cavanna
Clémentine Célarié
Louis-Ferdinand Céline
Miguel de Cervantes
Albert Cohen
Coluche
Hugues de Courson
Béatrice Dalle
Frédéric Dard
Pippo Delbono
Eric Dupond-Moretti
Epicure
Caroline Fourest
Sigmund Freud
Serge Gainsbourg
Jacques Gaillot
Jean-Jacques Goldman
Dexter Gordon
Icare
Philippe Jeammet
Henri Laborit
Gustave Le Bon
Jack-Alain Léger
Claude Lellouch
David Lodge
André Lorulot
Vladimir Nabokov
Robby Naish
Taslima Nasreen
Friedrich Nietzsche
Anaïs Nin
Claude Nougaro
Ruwen Ogien
Michel Onfray
Pandore
Giovanni Battista Pergolesi
Michel Petrucciani
Jean-Marie Piemme
Pink Floyd
Raymond Queneau
H.A. Rey
Bettina Rheims
Frère Roger
Marcel Rufo
Shéhérazade
Paul Smaïl
John
Steinbeck
Frédéric Taddéi
Philippe Val
Raoul Vaneigem
Antonio Vivaldi
Leonardo da Vinci
Marguerite Yourcenar
(vitrine en cours)
Socrate, en avalant la ciguë qui le mourut tout cru, donna à son compère Criton cette réplique fameuse : « Il faut donner un Coq à Asclépios », ou encore « Nous devons un Coq à Esculape ». Me voilà donc, bravement recommandé par le vieux sage, endossant sa maïeutique et son ironie paradoxale, essayant de me connaître moi-même et ne sachant qu’une chose, c’est que je ne sais rien.
aaaaaardh, la photo, elle était pas forcément indispensable, si? Je vais en faire des cauchemards!!!
Salut, je suis nouveau client, j'adore. Etant moi-même soignant (kiné et ostéo), je retrouve ma réalité professionnelle quotidienne que je partage ainsi avec un confrêre d'opinion.
Pour ce qui est de soigner les amis (que je ne fais jamais payer), je n'ai pas encore trouver la recette pour refuser. Dur.!!!
Ah!ça oui,j'en sais quelque chose...Au départ on va voir un médecin:on le trouve compétent et humain...un jour,on va à nouveau le consulter et la conversation glisse sur la sphère privée...cela trouble mais le temps passe et on décide finalement de retourner le voir car on sent que des liens intimes se nouent,et qu'une relation hors du cabinet pourrait émerger...On est flatté dans sa vanité féminine lorqu'il vous fait des compliments alliés à des contacts physiques pour le moins ambigus,à un moment de votre vie où l'on se sent si fragile,si seule...Quand un médecin en vient à dire à une patiente qu'il la trouve"ravissante",que c'est une "princesse",qu'il l'appelle"petite merveille" ou "ma chérie",qu'il lui déclare son admiration pour ses "jambes magnifiques",affirmant qu'elle devrait se"mettre plus souvent en jupe",ce n'est plus le soignant qui s'adresse à la soignée,mais bien un homme et une femme qui se rencontrent,se séduisent,se désirent...et même si l'on peut être déstabilisé par ses sentiments naissants pendant un temps,il est,je crois,impératif d'établir à un moment donné une frontière nette entre le privé et le professionnel,au risque de conséquences psychiques irréversibles...
L.
(Je commente largement en retard car j'arrive tout droit du blog de Jaddo)
Très bel article !
pareil, j'arrive de chez Jaddo :-) Euh... la photo, finalement, c'était quoi? Nan parce que là je vais pas pouvoir dormir!!!!
Bon, sinon, très bel article... et très très intéressant. Je suis tombée amoureuse de mon dentiste il y a quelques années (et inversement). Il a cessé d'être mon dentiste avant que nous commencions notre relation, quesyion de déontologie.
j'arrive tars tt droit de chez jaddo
j'espère que vous reviendrez écrire ici de temps en temps
merci les derniers arrivés, merci Jaddo ))
C'est moi.
Je suis la gentille patiente qui est en train de tomber en amitié avec son médecin.
Comme je suis maman d'une famille très jeune et très nombreuse, je le vois à peu près toutes les semaines en ce moment.
Et comme c'est lui qui se déplace souvent à la maison, il reste un peu, on discute. Mon mari l'aime beaucoup aussi. On s'attache quoi !
L'envie de l'inviter au resto avec sa femme et avec un couple d'amis communs me taraude ces temps-ci, et en même temps, je me mets à sa place, il a peut être (sûrement même) envie de voir d'autres têtes que celle de ses patients le week end.
Alors je fais quoi d'après vous docteur ? C'est grave ?
Rien n'est jamais simple quand des sentiments d'amitié naissent entres humains surtout avec son médecin traitant qui devient un membre à part entière de la famille. Sinon patient ou ami, je suis les deux (ami depuis l'enfance) eh bien c'est coton coton, faut pas être malade trop souvent car en tant que patient on génère en lui un inquiétude démesurée à cause de ces fameux liens d'amitié et en tant que patient on se sent gêné par cette réaction et on se dit que si une maladie grave se déclarait qu'il serait temps d'aller consulter un autre médecin. C'est d'ailleurs un peu comme un enseignant qui a un de ses enfants, membre de sa famille, ou enfant d'ami dans sa classe, les rapports sont plus délicats.
P-S : j'ai oublié de dire que le TOUBIB (tiens je me demande d'où viens ce surnom) soigne avec son savoir, son expérience, les médicaments et surtout en premier lieu avec son grand coeur qui n'est pas un placebo comme on le soutend, non c'est le don de la compassion et de l'intention qui agissent, de grands pouvoirs dont le mécanisme est méconnu par beaucoup. On peut donc comprendre le glissement vers l'amitié avec le patient, les autres cas de figure comme une passion amoureuse naissante ou une envie charnelle mutuelle sans lendemain n'ont rien à voir avec l'amitié.