Partager l'article ! 49- J'aime pas la charité.: Et c’est reparti. Décembre arrive et avec lui la grande offensive du marché de la charité. B ...
pour me joindre en privé :
thierry.lecoquierre@wanadoo.fr
l'éditeur de Jak, pour acheter ses BD :
http://grrrart-editions.fr/
le Top 111
Requêtes d’internautes tapées sous Google pour arriver chez Dr Coq :
les gagnants.
Et c’est reparti.
Décembre arrive et avec lui la grande offensive du marché de la charité. Banque Alimentaire, Armée du Salut, Téléthon, Restos du Cœur, Secours Populaire, Unicef, Croix-Rouge, Fondation Louis Delamare, Frères des Hommes, Médecins du Monde, Médecins sans Frontières, Petits Frères des Pauvres, Amnesty International, Fondation Abbé Pierre… Pompiers, poubelliers, balayeurs municipaux, facteurs (pour reprendre les appellations d’origine), boulangers, détaillant de presses veulent aussi leur part du gâteau et « offrent » un odieux chantage au calendrier... Pas une journée où il ne faille donner ou marmonner trois mots d’excuse en détournant la tête. A vot’bon cœur, msieurs’dames.
Le médical s’est bien sûr aussi emparé du marché caritatif : le Téléthon et sa grand messe cathodique ou la Ligue contre le Cancer par exemple, quémandent au nom de la société pour combler ses propres insuffisances. Pendant ce temps, ceux qui sont aux manettes pour gérer l’argent public se marrent et se frottent les mains : mieux vaut placer la manne des impôts sur la juteuse prévention cardiovasculaire -quand on imagine les lobbies qui poussent derrière avec le l’inévitable retour sur investissement- que de prendre des vraies décisions pour traiter le problème de l‘indigent qui vote rarement pour le système en place.
Le mois est propice, qui peut se permettre de négocier à grande échelle le puissant sentiment de culpabilité généré par les fêtes de fin d’année. Quêtes de fin d’année, fête de faim damnée. Mais moi, j’aime pas qu’on m’emmerde quand je pousse mon caddy dégueulant d’huîtres, de foies gras, de gibiers, des meilleurs chocolats, de champagnes, de vins fins millésimés, de cadeaux somptueux pour ceux que j’aime. J’ai grassement gagné ma croûte, j’aimerais pouvoir faire mes emplettes hors de portée de la piétaille et de la populace qui a faim et qui n’avait qu’à travailler plus pour gagner plus.
Pour contourner la difficulté, beaucoup font leurs courses sur Internet. Voilà un beau marché de la culpabilité à prendre : à chaque transaction sur des articles non nécessaires (disons la vidéo, les voyages, la cosmétique, les fringues de luxe…), Gogole-Misery pourrait vendre des espaces pour démunis : la photo numérique du nécessitant étant moins odorante que le même personnage en pied dans la rue, y’aurait sûrement du pognon à prendre. Un petit film de quelques secondes racontant le quotidien du pauvre hère pourrait encore mieux faire pleurer dans les chaumières : choc des maux, poids des images. … Très vite, Big Brother saura vous proposer le nécessiteux correspondant à votre profil de donneur et ne vous importunerait plus avec ceux qui vous irritent. Tout le monde y gagnerait et ce serait déductible des impôts.
Chacun peut observer que les derniers gouvernements successifs adorent la charité, qui lui évite de devoir trouver des vraies solutions durables. Bien sûr, le projet de Coluche était généreux, mais c’était du provisoire qui dure et qui n’est pas près de s’éteindre. J’y vois de plus en plus une opération délibérée : appauvrissement volontaire de la société (puisqu’une population à genoux se manage plus facilement, elle n’a plus la possibilité de refuser un travail inhumain, elle est corvéable jours, nuits et dimanches…) et accroissement du bénévolat.
Avec une population affaiblie, tout devient possible : Bernadette Chirac amasse les pièces jaunes pour financer ce que la France de Jacques (mais de Valéry ou de François pour ne parler que des passé et trépassé) n’a pas su faire. Pendant qu’on s’excite aux exploits du Téléthon, on ne s’agite pas à faire de la vraie politique. La manipulation de nos culpabilités fera que bientôt, des volontaires seront recrutés pour palier les insuffisances (numériques !) des soignants dans les hôpitaux. Et il faudra se féliciter de l’abnégation des jeunes retraités qui accepteront sans salaire de faire la besogne des nouveaux chômeurs programmés, puisque on connaît la débauche de personnels dans les services (tiens, ma phrase a deux sens !, selon qu’on lise débauche comme embauche ou débauche comme profusion). Au bout du compte, les structures fonctionneront à peu près, à moindre coût, et ceux qui bénéficieront du système s’enrichiront plus avant, amplifiant encore le système.
Je me souviens du célèbre aphorisme parfois attribué à Confucius qui animait mes pensées d’enfant : « Quand un homme a faim, mieux vaut lui apprendre à pêcher que de lui donner un poisson». Cette sentence me revient souvent, lorsque je me fais attaquer par les flopées de porteurs de troncs, et j’ai plutôt l’envie de déposer quelque livre choisi dans les cagettes de la Banque Alimentaire -ou d’offrir des abonnements à des hebdomadaires engagés et non soumis à la publicité- que des boites de pâté. Répondre positivement à la demande de charité organisée c’est l’accepter et la faire vivre. Ne m’insultez pas trop fort, car comme chacun je suis faible, sensible à la misère humaine et il m’arrive heureusement de désobéir à mes principes : j’ai mes œuvres choisies et la rue sait m’émouvoir.
Mais souvent je rêve de donner au mendiant avec ma piécette une carte postale timbrée à l’adresse du député local (demandant au mendigot de la poster lui même ou de revendre le timbre, au choix) avec un petit texte adéquat signé demandant à l’élu sa position par rapport au traitement politique de la pauvreté et lui rappelant que je suis électeur.
"Monsieur, j’ai rencontré ce jour ... Mimile ... dont l’histoire m’a ému, et à qui j’ai donné la pièce pour terminer sa journée. Je sais que cette aide est symbolique et que les vraies solutions passent par la politique. Auriez-vous l’amabilité de me préciser quelques lois vous avez proposées ou votées pour que la situation de ...Mimile... s’améliore durablement. Vous remerciant pour votre réponse, veuillez agréer, Monsieur le Député, l’expression de ma sincère considération… Dr Coq, adresse, téléphone…"
Il n’est pas très compliqué de comparer le modèle de la société et ce que nous faisons dans nos cabinets médicaux. Pour une bonne rentabilité de notre outil de travail, rien ne vaut l’acte rapide et répété, qui peut être le traitement symptomatique. Un symptôme, un traitement, un acte. Un vertige, un anti-vertigineux. Une angoisse, un anxiolytique. Une dépression, un antidépresseur. Une diarrhée, un anti-diarrhéique. Sans compréhension de la problématique sous jacente, les choses se répètent jusqu’à ce que mort s’ensuive.
Explications : un patient consulte pour des céphalées, le médecin peut au choix soit seulement lui donner de l’aspirine, soit tenter de trouver l’étiologie (la cause) du mal dans l’espoir qu’en la supprimant, les céphalées ne reprendront plus une fois l’efficacité du médicament terminée. Hélas, nous savons que nos politiques ne sont pas médecins, mais seulement gestionnaires de l’urgence, sans aucune vision du long terme et ne proposant que des mesurettes démagogiques pour leur réélection. La société a faim : activons donc les réseaux de charité pour leur donner à manger (sic !). Point besoin d’être aussi bon visionnaire que Jacques Attali pour deviner que les grands groupes financiers vont se régaler sur le dos des donneurs, dès que les bénéfices des sociétés qui vont reprendre les petites associations bénévoles seront dégagés.
Refuser la charité n’oblige pas à une vie de misanthrope. Il est d’autres voies que la pièce dans le tronc pour faire tourner ce monde. Pratiquer le véritable intérêt à l’autre, la politesse, l’attention ne sont pas des valeurs surannées. Le « parrainage » d’un moins-que-soi, «l’adoption » d’un sauvageon (salut à toi, l’artiste, qui a débuté cette incroyable aventure humaine, total respect !), la relation humaine avec un exclu, voilà des attitudes qui m’intéressent, surtout si le plaisir de la rencontre et une réciprocité s’installent, loin du pénible sentiment de culpabilité qui nous est vendu régulièrement.
Dick Annegarn
Jean Anouilh
Hannah Arendt
Yann Arthus Bertrand
Paul-Laurent Assoun
Neil Armstrong
Richard Bach
Daniel Balavoine
Michael Balint
Christian Barnard
Simone de Beauvoir
Jean-Paul Belmondo
Etienne de la Boétie
Alphonse Boudard
Patrick Boulnois
Pierre Bourdieu
Georges Brassens
Yoland Bresson
Annabel Buffet
Albert Camus
François Cavanna
Clémentine Célarié
Louis-Ferdinand Céline
Miguel de Cervantes
Albert Cohen
Coluche
Hugues de Courson
Béatrice Dalle
Frédéric Dard
Pippo Delbono
Eric Dupond-Moretti
Epicure
Caroline Fourest
Sigmund Freud
Serge Gainsbourg
Jacques Gaillot
Jean-Jacques Goldman
Dexter Gordon
Icare
Philippe Jeammet
Henri Laborit
Gustave Le Bon
Jack-Alain Léger
Claude Lellouch
David Lodge
André Lorulot
Vladimir Nabokov
Robby Naish
Taslima Nasreen
Friedrich Nietzsche
Anaïs Nin
Claude Nougaro
Ruwen Ogien
Michel Onfray
Pandore
Giovanni Battista Pergolesi
Michel Petrucciani
Jean-Marie Piemme
Pink Floyd
Raymond Queneau
H.A. Rey
Bettina Rheims
Frère Roger
Marcel Rufo
Shéhérazade
Paul Smaïl
John
Steinbeck
Frédéric Taddéi
Philippe Val
Raoul Vaneigem
Antonio Vivaldi
Leonardo da Vinci
Marguerite Yourcenar
(vitrine en cours)
Socrate, en avalant la ciguë qui le mourut tout cru, donna à son compère Criton cette réplique fameuse : « Il faut donner un Coq à Asclépios », ou encore « Nous devons un Coq à Esculape ». Me voilà donc, bravement recommandé par le vieux sage, endossant sa maïeutique et son ironie paradoxale, essayant de me connaître moi-même et ne sachant qu’une chose, c’est que je ne sais rien.
Commentaires