Partager l'article ! 58- Partager son héritage : une affaire de familles.: Point besoin d’être clairvoyant pour observer que l’homo sapiens de base n’envisage ...
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Point besoin d’être clairvoyant pour observer que l’homo sapiens de base n’envisage qu’avec un enthousiasme mesuré sa disparition de la surface du globe. Le plus souvent, pour se voiler la face, il adhère aux solutions proposées clés en main des religions, leur promettant des arrières mondes enchanteurs, des immortalités délicieuses, des cycles de réincarnation et toutes ces choses épatantes.
Ce n’est sans doute pas assez et naturellement, l’individu se reproduit sans discernement pour laisser à la postérité un peu de lui, espérant inconsciemment s’auto engendrer sans les insuffisances qu’il finit par se découvrir au fur et à mesure des années qui passent. Certains mettent le paquet pour que leur progéniture épouse au mieux leurs fantasmes de perfection. Naturellement donc, comme tout mammifère qu’il est, l'humain s’équipe d’une famille pour déjouer les tours du destin. Mais nous ne pouvons plus ignorer la famille culturelle que s’invente désormais l’individu moderne.
Chacun d’entre nous procède donc d’une famille naturelle et d’une famille culturelle.
A main droite, la famille classique est reconnaissable à la génétique, au sang, au patrimoine, au patronyme, aux armoiries, à l’arbre généalogique, à l’hétérosexualité, à la tradition. Elle apparaît sur le livret de famille, sur les documents officiels, fait les choux gras des études notariales ou des avocats. Elle collabore au triptyque « travail, famille, patrie ». L’observation m’y fait voir une famille de l’avoir, de la sécurité, de l’inaltérable, même si les séparations et restructurations compliquent un peu le tableau. Chaque famille rumine ses particularités : des cycles reviennent au cours des générations, ce que nous pouvons observer dans nos cabinets de médecine de familles. Son héritage se partage en le fractionnant.
A main gauche, l'être contemporain se fabrique un lignage personnel qui lui permet de s’étayer. Il se choisit des héros, des modèles, des ascendants, il se reconnaît de tel courant de pensée, il se réclame de la montagne ou de la mer, il vit pour la musique ou le théâtre, devient supporter d’un club de sport, il rentre en religion ou en politique, il se forge une opinion à la lecture d’un éditorialiste choisi. Chacun se fabrique une famille protéiforme, recomposée, multiple, fragmentée, unique. Je la vois évolutive, incertaine, vivante. Je l’imagine famille de l’être. Son héritage se partage comme un bon moment ou un éclat de rire : il y en a pour tous.
Ces deux familles peuvent se confondre, se tolérer, s’opposer : plus souvent elles sont dans deux plans différents et sont alors complémentaires. Des choix arrivent au cours de la vie, des chemins de traverse que l’on peut emprunter : ce peuvent être une rencontre, une lecture, une histoire humaine qui prennent brusquement une importance déterminante. Une première césure se fait souvent au cours de l’adolescence : un individu émerge d’une bouillie familiale et devra tuer le père. L’itinéraire proposé par la famille organique ne pourra pas être adopté en bloc. En se frottant à l’altérité, l’adolescent trouve sa vraie nature. L’autre le déplace de sa trajectoire, l’arrache au cocon familial.
Dis-moi ceux qui t’ont fait, je te dirai qui tu es. Tu connais sans doute ta famille organique ; je te propose cette expérience excitante qui est celle de tenter de te déterminer par rapport à tes référents choisis, de nommer ta famille culturelle, de tenter d’en dessiner ses contours. De qui procèdes-tu, l’ami ? Il te suffit d’un papier, d’un crayon et de quelques jours de réflexion. Tu verras que ce n’est pas si évident que ça en a l’air.
Pour commencer, inscris les quelques auteurs privilégiés ou les livres qui ont vraiment compté pour toi ou influé ta trajectoire. Nous avons tous je l’espère été chamboulés par un texte, par une idée qui nous ont permis de penser différemment, de nous fabriquer en profondeur. Nous avons tous un livre de chevet auquel on peut se référer.
Ajoutes-y au choix tes films cultes, un courant d’idées, une couleur politique, tes grands hommes, musiciens ou artistes qui comptent dans ta vie. Laisse reposer les passions trop récentes, qui ne seront pas nécessairement durables et déterminantes : il est facile d’observer les enthousiasmes explosifs et fugaces des foules pour des politiciens ou des starounettes, se dégonflant comme des ballons de baudruche en quelques semaines. Il y aura sans doute des gros morceaux et des petites touches de couleurs. Une idée directrice et des infléchissements : tu peux aimer un texte mais pas son auteur (j’ai une passion pour l’écriture de Céline, beaucoup moins pour sa biographie). Cette cartographie fait de toi un individu unique, aussi sûrement qu’un code génétique.
… à la lecture de tel ou tel passage d’un livre dont me frappe la logique ou la sagesse, il m’arrive instantanément, involontairement, de penser, « Si seulement il pouvait lire ça. Oui ! Lire et comprendre !… » (Philip Roth : « Portnoy et son complexe »)
Se connaître soi même est nécessaire. Se partager avec ceux qu’on aime est mieux. Amuse-toi à faire cette liste et à l’offrir à tes proches comme héritage de ton vivant. Je regrette mes proches enterrés avec leur bibliographie, ces lectures qui les ont fabriqués et qui me permettraient de me souvenir d’eux ou de mieux les comprendre : j’aurais aimé connaître ces choses intimes de mes grands-parents ou de quelques autres.
…Il n’y a rien dans la tombe, le mort n’est pas là, il est plutôt dans les souvenirs qu’ils vous a laissés… mon père n’est pas dans le cimetière où il est enterré, il est plutôt à sa table de travail, et dans les livres qu’il m’a laissés, dans la pensée qu’il m’a léguée… (Vladimir Jankélévitch 1903-1985)
Vous aurez bien remarqué que mon blog joue en partie ce rôle pour moi. Je vous livre au fur et à mesure un peu de mes rencontres, au moins pour ce qui est du médical. Certains auteurs n’ont rien à faire dans ce travail et n’ont pas été cités : pour ne rester que dans la littérature, je ne peux oublier Frédéric Dard, alias San Antonio, qui a bercé mon adolescence et ma jeunesse. L’oeuvre complète de San Antonio aura laissé des traces indélébiles chez moi, voire du naturel que je tente de refréner dans ces lignes sérieuses.
Mais promis, quand on me cherche, je sais aussi me lâcher.
Dick Annegarn
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Marcel Rufo
Shéhérazade
Paul Smaïl
John
Steinbeck
Frédéric Taddéi
Philippe Val
Raoul Vaneigem
Antonio Vivaldi
Leonardo da Vinci
Marguerite Yourcenar
(vitrine en cours)
Socrate, en avalant la ciguë qui le mourut tout cru, donna à son compère Criton cette réplique fameuse : « Il faut donner un Coq à Asclépios », ou encore « Nous devons un Coq à Esculape ». Me voilà donc, bravement recommandé par le vieux sage, endossant sa maïeutique et son ironie paradoxale, essayant de me connaître moi-même et ne sachant qu’une chose, c’est que je ne sais rien.
Heureusement la Culture change la donne souvent et c'est tiptop.
Tu cartonnes là mon pote !
;)
Mince j'ai pas le souvenir d'avoir lu ce post, j'ai du le passer rapidement, il est cool!!
Ah !! Frédéric Dard (san antonio), bon souvenir de lectures , y aurait de quoi s'y replonger, histoire de retrouver certains bons moments de sa jeunesse, mais l'exercice peut être un peu risqué non?